Tristesse printanière
Voir le printemps approcher, voir la nature renaître peu à peu, au lieu de me remplir de joie comme cela avait toujours été le cas, me remplit de tristesse.
Cela vous paraît sans doute contradictoire, mais le fait que Maman était une passionnée de jardinage en est la cause. De toute ma vie, je l'ai associée au printemps. C'est elle qui me donnait des conseils pour mes plantes, elle qui m'apportait toujours des petites pousses ou des jardinières magnifiques. Elle me connaissait par coeur, savait mes préférences...
Son jardin, c'était une merveille et j'avais toujours un immense plaisir à y flâner, à découvrir les nouvelles plantes avec elle. Aujourd'hui le jardin est abandonné. Oh, bien sûr, mon père essaie de l'entretenir un minimum, mais il n'a jamais eu d'attirance particulière pour le jardinage. Il m'a ramené tout un tas de pots vides ou abritant des plantes mortes, autant de symboles douloureux dont il n'a même pas conscience.
Je n'ai même pas envie de m'occuper de mes plantes, le plaisir que je pouvais avoir à voir fleurir les premiers crocus s'est terni, car immanquablement, le retour du printemps me fait penser que Maman n'est plus là.
Je me sens aussi vide que ces pots désertés, j'ai beau essayer, je n'arrive pas à maîtriser cette peine. J'ai beau faire semblant, elle revient toujours, fidèle, inexorable... Et toutes ces petites choses qui semblent des détails sont autant de poignards qui me transpercent le coeur.
J'ai tant perdu en la perdant, comme si la partie lumineuse de mon être, ma joie, mon enthousiasme, s'étaient éteints à tout jamais. Ma vie est devenue routine, vide de sens, vide d'espoir, vide de cette lumière et de cette chaleur qui rayonnaient autour de Maman.
Elle me manque tellement, et ça fait tellement mal...