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L'autre jour sur le forum, je n'ai pas pu m'empêcher de répondre à la question d'une membre de 23 ans qui demandait : que faire quand on a fait le tour côté pratique ? Voici la réponse que j'ai faite :
C'est aussi une question que je me suis posée à un moment, pas tant du côté de la pratique que du côté de la théorie, en fait. Et en fin de compte, j'ai trouvé une partie de la réponse en reprenant de zéro et en "refaisant le tour" de la question en me demandant quels point particuliers j'avais zappés (on le fait toujours, c'est naturel, il y a des choses qui nous "parlent" plus que d'autres). Et je suis certaine que pour la pratique, c'est la même chose. Il y a certainement des domaines que tu n'as pas explorés, des expériences rituelles que tu n'as pas faites. Pourquoi ne pas chercher de ce côté là ?
Maintenant, une petite question qui me travaille : comment peut-on avoir "fait le tour" à 23 ans ? Attention, je ne dis pas cela pour te rabaisser, loin de là ! Simplement, tu n'as pas vécu la moitié de ta vie, il y a des tas de choses (heureuses ou moins heureuses) qui vont encore t'arriver et lorsque ces choses se présenteront à toi, elles viendront s'ajouter à ton expérience personnelle, enrichir ou bouleverser ce que tu savais ou croyais savoir, ouvrir d'autres portes et te pousser à chercher dans d'autres directions. L'expérience de la vie, à mon sens, apporte beaucoup dans notre manière de pratiquer, et en cela, je crois que la pratique est indissociable de la théorie et de la théologie. Je ne sais pas si je suis bien claire, aussi vais-je poser quelques questions, certaines "extrêmes", pour illustrer mon propos et donner quelques pistes de réflexion qui, je l'espère, te seront utiles et pourront servir à d'autres.
- As-tu déjà eu un enfant ? L'as-tu vu grandir, devenir adolescent puis adulte ? En quoi ce changement dans ta vie a modifié ta pratique ?
- As-tu déjà accompagné rituellement un proche mourant ? As-tu perdu des êtres chers et en quoi ceci a modifié ta pratique ?
- Plus simple, mais pas inutile : as-tu déjà pratiqué un rituel sans cercle ? Qu'est-ce que ça t'a appris, en quoi ta pratique a été modifiée ensuite ?
- As-tu déjà pratiqué un rituel pour le monde plutôt que pour toi même ou pour une personne que tu connais ? (par exemple pour la paix, pour la nature, pour les espèces en voie de disparition ou
les peuples qui meurent de faim ?)
- As-tu déjà fait un rituel sans aucun ustensile, sans aucun ingrédient ?
En ce qui me concerne, certaines expériences que j'ai vécues ont radicalement bouleversé ce que je pensais savoir, et c'est la raison pour laquelle je dis qu'on ne peut jamais avoir fait le tour
de la pratique. Je pars du principe qu'on apprend toujours de la vie, et que l'on ne cesse d'apprendre que lorsqu'on meurt (et encore, je n'en suis même pas sûre). Maintenant si ton côté
"papillon" te pousse à apprendre d'autres choses, à explorer d'autres domaines, alors bien sûr, fais-le. Cela ne fera qu'ajouter à ton expérience de vie, et cela te permettra de faire de ta
pratique un chemin tout particulier : le tien.
J'avoue que la question a continué à tourner dans ma tête, et je pense qu'elle mérite que je m'y attarde un peu. Cela fait une éternité que je n'ai rien écrit de consistant pour ce blog, et il y
a plusieurs raisons à cela.
La première, bien sûr, est toujours ce problème de temps qui fait qu'il est difficile de faire tout ce qu'on voudrait faire. Je me suis lancée l'été dernier dans l'aventure de l'Atelier et je
dois reconnaître que, les commandes se succédant, je consacre la majeure partie de mon temps libre à mes petites créations. Quel rapport avec la question, vous demandez-vous peut-être ? Je
crois de plus en plus que la spiritualité païenne pousse à l'expression créative. Il n'y a qu'à faire le tour du net pour voir combien de païens se lancent dans le dessin, la peinture, le
modelage ou l'écriture (et j'en passe). Comment expliquer ce besoin de créer qui accompagne notre "éveil" spirituel ? Peut-être, tout simplement, parce que lorsqu'on crée, l'inspiration et
l'intuition prennent la place de l'intellect et de la raison. L'inspiration et l'intuition font partie, à mon sens, de cette étincelle divine qui est en nous tous, et que notre société
intellectuelle et rationnelle, esclave du rendement et du profit, cherche à étouffer et à juguler au sortir de l'enfance.
L'imagination, la créativité, l'intuition, le ressenti, l'inspiration, sont des valeurs premières dans la communauté païenne. Les druides contemporains chantent l’Awen, l'Esprit sacré du
Druidisme, que l'on peut traduire en tant qu'inspiration, muse, génie ou même frénésie poétique. Combinaison de deux mots : "aw" signifiant un fluide, quelque chose qui coule, et "en"
signifiant un principe vivant, un être, un esprit essentiel, l’Awen peut être décrite en tant qu’essence fluide, ou esprit débordant. L'Awen est tout autour de nous, et peut être
expérimentée dans la sensation que l'on a au sommet d’une colline balayée par les vents, dans la forêt une nuit de pleine lune, ou au bord de la mer. Elle est ressentie comme cette étrange
sensation, ce frisson qui nous parcourt lorsqu’on entend pour la première fois un morceau de musique inspirée, une poésie, ou que l'on voit une peinture magnifique. Cette sensation, ce frisson,
on les retrouve lorsqu'on crée, lorsqu'on laisse à ses mains la possibilité de montrer ce qu'elles savent faire, lorsqu'on laisse à notre étincelle divine (quel que soit le nom qu'on lui donne)
la possibilité de s'exprimer.
J'en vois déjà certain(e)s qui pensent "Oui mais moi je n'ai aucun talent, je dessine comme un enfant de maternelle, je fais trop de fautes pour écrire correctement, etc...". Et alors ? Qui a dit
que vos créations devaient être parfaites ou que votre créativité devait s'exprimer par des moyens classiques (dessin, peinture, écriture...) ? Il existe des milliers de façons d'être
créatif : couture, cuisine, jardinage, collage, qu'importe ! Ce qui compte, à mon avis, c'est de réapprendre l'inspiration, sans se préoccuper des conventions artistiques (elles
aussi intellectuelles et raisonnées). Les couleurs, les textures, les odeurs, les sons, les goûts, font appel à nos sens et non à notre raison !
La seconde raison qui fait que j'ai un peu délaissé le blog, c'est aussi ce sentiment d'avoir "fait le tour" de ce qu'il y avait à écrire sur la Wicca. C'est une spiritualité simple,
naturelle, et je pense qu'un de ses attraits vient précisément du fait que l'on parvient relativement vite à la maîtrise de ce qu'il faut savoir, d'où cette impression que beaucoup éprouvent de
tourner en rond. Nous sommes tellement habitués à voir autour de nous des choses complexes, intellectuelles et raisonnées (encore et toujours) que, lorsque nous avons fait le tour des
concepts de base de la Wicca, nous nous demandons "comment passer au niveau supérieur ?". La réflexion que j'ai pu avoir à ce sujet, les livres que j'ai lus, et les discussions diverses qui ont
suivi cette interrogation, m'amènent tous à penser qu'il n'y a pas de niveau supérieur. Au-delà des bases, de l' "A.B.C.", du "101" cher aux anglo-saxons, il y a simplement le fait de VIVRE cette
spiritualité au jour le jour. La clef de la Wicca, c'est que c'est une spiritualité qui célèbre la vie, et qu'on ne peut approfondir qu'en faisant de cette philosophie un mode de vie. Le cran
supérieur, c'est l'expérience qu'on acquiert au jour le jour, en vivant simplement selon ces concepts.
Du côté de la pratique, j'avoue sans honte que, en dehors des célébrations des sabbats et esbats (et encore, souvent de façon fort peu conventionnelle), je n'aime pas ritualiser. J'ai
tendance à trouver le côté cérémoniel comme une obligation qui m'entrave, et qui ne correspond pas du tout, en fait, à ce qui a fait que j'ai choisi cette voie. Par contre, je
m'aperçois que, de plus en plus, ma spiritualité influence ma vie et mes choix, que je ressens davantage les cycles naturels, et que le fait de suivre mes intuitions (plutôt que ce que dictent
les livres et les conventions) m'apporte beaucoup. En fait, j'ai l'impression de pratiquer tous les jours : lorsque j'ai planté mes noisetiers, c'était pour moi un acte magique ; lorsque je masse
les épaules nouées de mon homme pour lui permettre de se détendre, c'est un acte magique ; lorsque je joue avec mes chiens ou que je parle à Môsieur Sherkan, c'est un acte magique ; lorsque je
regarde le ciel bleu ou les nuages chargés de pluie et que je les remercie d'être aussi beaux, c'est un acte magique... La magie est tout le temps et partout, pas seulement devant un autel, pas
seulement 8 fois par an, pas seulement lorsqu'on veut en obtenir quelque chose. La vie est magique, pour peu qu'on se donne la peine de vivre pleinement chaque instant, pour peu qu'on ressente
l'énergie qui nous entoure. Peut-être bien que "quand on a fait le tour", on se rend compte que suivre le flot de ces énergies, les écouter, les ressentir, s'y accorder, est plus magique que de
chercher à les manipuler pour les faire se plier à notre volonté humaine ? Peut-être qu'admettre que la nature sait mieux que nous ce qui est bon pour nous, c'est enfin avancer ?
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Bref, merci cet article. Ca fait réfléchir.