Les Vierges Noires

Publié le par Kat-NightWind

Les Vierges noires sont des représentations de la Vierge Marie qui appartiennent au Moyen Âge européen. La plupart sont des sculptures produites entre le 11e et le 15e siècle (parfois aussi des icônes de style byzantin des 13e et 14e siècles). Elles tirent leur nom de la couleur sombre de leurs visages et de leurs mains.

Portrait type d'une Vierge noire
La statue mesure environ 70 cm de hauteur (certaines ne font pas plus de 30 cm de haut, d'autres dépassent le mètre). Elle est en bois, généralement du chêne, du poirier, du tilleul, plus rarement du cèdre, du genévrier ou de l’ébène. La plupart du temps, le bois n'est pas identifiable car la statue est marouflée et peinte. Ses vêtements sont peints en bleu ou vert, blanc et rouge, avec des garnitures dorées.
C'est une Vierge en Majesté : elle est assise dans une pose princière sur une cathèdre (siège sans dossier ou avec un dossier court) et elle porte un enfant dans son giron ou sur son genou gauche. Son visage est noble, souverain, et ne reflète aucune tendresse. Le visage de l’enfant est souvent moins soigné.


reproduction de la Vierge Noire du Puy en Velay

Selon l’Église catholique, il n’existe aucun fondement théologique à la couleur noire de ces statues. Jusqu’au milieu du 20e siècle, cette couleur était expliquée par la fumée des cierges, par le choix du matériau (ébène, acajou ou bois local), par l’âge et l’oxydation ou par la noirceur des pêchés des fidèles ! Dès qu’elle le peut, l’Eglise escamote les Vierges Noires et, depuis le 19e siècle, beaucoup ont été remplacées par des représentations plus conformes, ou simplement repeintes en blanc.

 

Le culte marial
Le culte de la Vierge Marie n’aurait probablement pas connu un tel succès s’il ne s’était appuyé sur différents cultes féminins, venus du plus profond de notre histoire.
Dans les débuts du christianisme, il n'était guère question de la Vierge Marie. Dans le Nouveau Testament, son rôle est secondaire : elle n'est que la mère biologique de Jésus. La dévotion mariale apparaît timidement à partir du IIe siècle, et les premières églises consacrées à la Vierge datent de la fin du 4e siècle et du début du 5e.
A partir du Moyen-Age, la Vierge Marie prend une place considérable dans la spiritualité chrétienne. Entre 1170 et 1270, pas moins de 80 cathédrales dédiées à Notre-Dame et 500 églises seront édifiées à sa gloire.


gravure de la Notre Dame de Sous Terre à Chartres

Mais la plus grande partie de ces monuments seront bâtis sur des sites déjà consacrés par la présence d’une statue de Madone, le plus souvent noire et généralement préchrétienne. Ces vierges majestueuses, tenant un enfant de face sur leurs genoux, sont l’objet de pèlerinages et sont liées à des rites de fertilité, de fécondité et de sexualité. Ce ne sont pas là les attributs ordinaires de la Mère de Dieu ! L'Église tente donc de promouvoir une Marie plus conforme à son idée de la femme : pure, immaculée, chaste et asexuée. Terrestres, liées au monde souterrain et à la sexualité, dotées de pouvoirs miraculeux fort peu chrétiens, les Vierges noires seront ainsi associées à Marie-Madeleine, la compagne de Jésus.

 

Les Vierges Noires paraissent avoir été vénérées comme des symboles des courants souterrains d'énergie tellurique. Cette énergie et les courants qui la portaient avaient un nom : la Wouivre, le "serpent". Les Anciens ne choisissaient pas leurs lieux de culte au hasard, et les points de rencontre de plusieurs de ces courants devenaient des lieux sacrés, signalés par un menhir ou une statue sacrée, qui étaient censés agir comme des condensateurs d'énergie. Dans leur forme première, les pèlerinages n'étaient donc pas d'essence religieuse, mais avaient comme objectif un contact privilégié avec les énergies de la Terre.
L'Église ne pouvant pas détruire les anciens lieux sacrés, il fallait donc se les réapproprier en construisant des églises et des cathédrales sur les anciens lieux où se manifestait la Wouivre, sur l'emplacement de temples païens, de pierres levées, ou de tables de sacrifice.
L'Eglise romaine a eu bien du mal à éliminer ces cultes païens et finalement, elle a dû en intégrer quelques-uns dans ses dogmes. La Vierge, par syncrétisme, s'est substituée naturellement aux déesses Mères païennes, blanches ou noires.


Vierge Noire de Rocamadour

Symbolisme
Avec les Vierges noires, nous sommes dans le domaine des symboles. Au Moyen-Age, et de surcroît dans le domaine du sacré, tout à un sens, un but précis, une fonction, une signification. Les couleurs notamment ne sont pas choisies au hasard, chacune a un impact symbolique.
Les cultes antiques s'accompagnaient souvent d’initiations. Les déesses mères étaient les maîtresses de l'initiation, dont la symbolique est double : mort puis renaissance à l'état d'initié.
Le noir symbolise la mort initiatique, l'hiver, la putréfaction. Elle a lieu dans une caverne ou une grotte, une crypte ou un tombeau. C'est le retour dans l'utérus de la mère. C'est d’ailleurs pour cela que le Christ est né la nuit de Noël à minuit, à l'heure la plus noire de la nuit la plus longue.
Puis vient le temps de la résurrection. L'épouse intervient, elle va chercher l'homme-dieu dans la caverne, l'utérus. Seule l'épouse peut arracher un homme à sa mère. Sinon, il n'y a pas d'évolution possible, pas de résurrection, la mère dévore l'enfant et le grain ne germe pas, il meurt à tout jamais. La Vierge noire symbolise le passage de la Mère à l'Epouse. Lorsqu'on observe ces statues, on remarque que l'enfant n’est pas un nouveau né, mais un jeune homme, ou un homme sans âge, de la taille d'un enfant. L'enfant ne représente pas le Christ, mais celui qui, par l'initiation, devient le fils de la vierge noire. Il est noir comme elle parce qu’il a acquis la connaissance des mystères, et il est assis dans son giron parce qu'il sort de ses entrailles. Il n'y a pas de sentimentalité exprimée dans ce couple car ce n'est pas une scène familiale. Les liens qui les unissent sont ceux de l'esprit, non ceux de chair.


Vierge Noire d'Orcival

Les couleurs présentes sur les statues des Vierges Noires s’apparentent également aux couleurs alchimiques. Dans les opérations alchimiques, la matière première (materiae prima) se transforme en se colorant : oeuvre au noir, oeuvre au blanc et oeuvre au rouge. Le bleu nuit est assimilé au noir (putréfaction), le blanc, phase suivante (purification) et le rouge (rubification, action du feu secret). Quant à la couleur dorée correspond la transmutation des métaux vulgaires en or (symbole de la perfection initiatique).

 

Sources : wikipedia, dinosoria, onnouscachetout.com, marie-madeleine.com, viergesnoires

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Elisabeth 13/11/2009 13:50


Bel article, très bien documenté, et qui fait profondément echo à mes centres d'intéret... Il n'y a d'ailleurs pas que la vierge marie dans laquelle se sont synthétisées des croyances plus
anciennes. Une multitude de saints, d'anges et de démons sont également les avatars de croyances oubliées.

Joli blog. Belle promenande.