Sur les traces de la Vivre

Publié le par Kat-NightWind

A mi-chemin entre Autun et Chalon-sur-Saône, à quelques kilomètres du Creusot, Couches (Saône-et-Loire) est une petite bourgade aux allures médiévales. Habituellement calme, le bourg entre en transe tous les vingt ans, à l'occasion des "Fêtes de la Vivre", en l’honneur du monstre qui y semait la terreur. La légende remonte à 1328 et la prochaine fête sera en 2028.

 

La Vouivre.

Monstre folklorique, la Vouivre fait partie depuis des siècles du Patrimoine français. C'est une sorte de dragon ailé qui porte une escarboucle sur le front, et qui veille sur les trésors souterrains. L'orthographe varie beaucoup selon les légendes. On trouve guivre, wivre, vouire, ou vivre. Le nom viendrait du latin vipera signifiant vipère, mais certains évoquent une racine indo-européenne Gwer, Gwor, indiquant une idée de chaleur. La Vouivre aurait été primitivement un serpent de feu. La Vouivre est associée à la notion de lumière et de chaleur sortie des entrailles de la terre. Aussi l'animal fabuleux garde-t-il des trésors souterrains.

 

En pays couchois, la Vivre est une bête fantastique qui, terrée dans son antre des "Grands Breux", ne sort que pour répandre la terreur et la désolation, détruisant cultures, troupeaux et habitations, et dévorant aussi les humains. En 1328, au terme d'un hiver particulièrement froid, la population couchoise observa pour la première fois un terrible animal. Les chevaliers eurent beau essayer de lutter contre l'animal, les tentatives furent vaines. Draco crachait sur eux des boules d'or liquéfié (l'or brûlant en question serait une pâte collante extraite des terres noires qui pourrait correspondre à de l'ambre), les carbonisant dans d'atroces souffrances.

 

Tout semblait perdu, lorsque sur les conseils d'un sage on fit appel au verdict de Yoata, un magicien. L'homme avait remarqué les déplacements nocturnes de l'animal en direction des terres noires. Aussi, en découvrant la demeure du dragon, il espérait découvrir un moyen d'entraver les déplacements du monstre. Un jour de grand vent, Yoata se lança en direction des terres noires de Manginite. Le grand vent amena la pluie, drue d'abord, puis, torrentielle, qui libéra la matière jaune crachée par le dragon durant ses attaques. Yoata se pencha pour ramasser l'étrange miel jaune collé à une portion de bois noir pétrifié par le temps. Une musique guida Yoata vers le lac où, à une cabane faite du même bois noir pétrifié, le gardien artisan attendait. L'homme tenait dans son pentagramme d'or une pierre d'ambre allumée d'une petite flamme régulière malgré la pluie et le déluge.

"Où les chevaliers ont échoué, ambre passera et par la lumière purification verra belle musique car en bois d'ambre l'objet sera". La phrase mystique chantée à Yoata signifiait qu'une flûte en bois d'ambre serait suffisante pour envoûter le dragon, qui se laisserait alors conduire au bûcher. "Le bûcher de bois d'ambre allumé par une flamme que voilà pour Draco sera son trépas".

De retour au Château de Couches, la Vivre est lancée dans le bûcher. Et, sans doute pour cacher l'origine des objets magiques et l'existence du château d'ambre, Yoata, pour tout remerciement, est lui aussi lancé dans les flammes pour accompagner le trépas du dragon.


Couches, le château 

 

Si l'on se place sur un plan religieux, la Vivre apparaît comme l'incarnation du démon. On l'associe alors au dragon contre lequel semblent avoir lutté bon nombre de Saints Martyrs de l'histoire chrétienne : Saint Georges, Saint Michel, Saint Romain, Saint Marcel, Saint Clément, Sainte Marthe, etc. On peut imaginer que, voulant à tout prix convertir les Couchois restés fidèles à leurs croyances païennes (la présence des menhirs d'Epoigny (* voir article suivant) a dû être un facteur déterminant dans la survivance du paganisme), l'Eglise ait cherché à se servir du mythe du dragon pour éveiller la peur et obliger les consciences à se réfugier dans la foi.


Couches, le prieuré St Georges

 

L'eau, source de vie, fut très tôt déifiée. Les crues, dues aux intempéries ou à la fonte des neiges, pouvaient être interprétés comme des manifestations hostiles de la divinité. La rivière qui grossit et sort de son lit causant toutes sortes de ravages aurait été représentée sous les traits d'un être surnaturel aux formes sinueuses. On remarque dans la légende de Couches que l'antre de la bête est localisé aux "Grands Breux", terrain marécageux à proximité de la rivière Vielle.


Couches, la Vielle ?

 

Les cannes des paysans, souvent décorées d'une vouivre, témoignent d'une connaissance qui a traversé les siècles : le serpent est symbole de sagesse et de guérison. La vouivre représente les courants d’énergie tellurique qui innervent la Terre. Sur les hauts lieux, son énergie rejoint l’énergie cosmique. C’est pourquoi à ces endroits se succèdent depuis des millénaires les cultes, celtes, gaulois, romains et chrétiens. Beaucoup de sources sont dites guérisseuses parce qu’elles sont chargées de l’énergie de la vouivre du lieu. Le serpent a été associé au féminin, et tout particulièrement aux Déesses-Mères. Son mouvement ondulatoire et sa forme l’associent à l'énergie sexuelle. Ses résurrections périodiques et ses mues l'associent aux phases de la lune qui incarnent le pouvoir régénérateur des eaux, mais aussi les énergies latentes renfermées dans le sein de la terre.

 

Diverses sources dont http://laboutiqueajacques.com/Vivre_Couches_2008.html

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Rowan 22/05/2009 15:48

Concernant les cannes à serpent, en Dordogne, il est possible de trouver ce type d'objet.
J'avais été surprise par cela et je m'étais renseignée auprès du vendeur (un commerce d'antiquité). Ce dernier m'avait expliquée que les cannes étaient réalisés par les conscrits (les jeunes hommes ayant atteint l'âge adulte et allant faire leur service).
La méthode de réalisation nécessitait du temps car il fallait trouver un arbre porteur d'une branche droite autour de laquelle il fallait entouré un lierre (pour réaliser le serpent par la suite).
Cependant toutes les cannes de conscrits n'étaient pas réalisée selon cette méthode car certains préféraient sculpter le serpent en relief sur une branche plus épaisse.