Le Problème du Dieu (par Esra Free)

Publié le par Kat-NightWind

La plupart des Traditions, ou "Trads", de la religion wiccane sont duothéistes, adorant à la fois la Grande Déesse de la Wicca et Son consort et homologue mâle, le Dieu Cornu. Certaines sont polythéistes, reconnaissant de nombreux dieux et déesses, mais le plus souvent les "nombreuses" divinités de ces traditions, même si elles sont vénérées et invoquées individuellement, ou par famille de panthéons, sont considérées comme étant des formes divines reflétant des aspects spécifiques de la Grande Déesse et du Dieu Cornu de la Wicca – que l’on nomme affectueusement le Seigneur et la Dame. Ces traditions duothéistes déclarent, presque universellement, comme un point central de leur doctrine l’absolue égalité de la Déesse et du Dieu, leur équilibre parfait dans la Nature, et leur mutualité et interdépendance totales dans la génération de toute vie.

 

Mais lorsqu’on étudie la littérature issue de ces traditions, il devient vite apparent que cette reconnaissance du rôle du Dieu dans la Nature et dans la pratique wiccane ne se cantonne bien souvent qu’à un intérêt de pure forme. Le Dieu et son égalité sont des thèses centrales de la théologie wiccane habituelle, mais en pratique, la Déesse règne clairement avec une inégalité flagrante sur les cœurs et les vies de la plupart des Wiccans. Les livres wiccans (celui-ci inclus) dédient partout un nombre de pages grandement disproportionné à l’exploration aimante de la Grande Déesse de la Wicca, à Sa Nature et Son histoire, Ses mythologies et Sa magie, aux méthodes pour L’approcher et s’engager sur Sa voie éclairée de lune. Ces mêmes livres, lorsqu’ils mentionnent le Dieu Cornu, le font généralement en quelques paragraphes ou pages sommaires, se citant largement les uns les autres, au lieu de faire des recherches originales ou de suivre des directions théologiques nouvelles, et ne révélant ainsi que très peu de concepts sur la divinité mâle de la Wicca au-delà de l’hésitation évidente de l’auteur – et probablement de ses lecteurs également – à aborder le sujet.

 

Environ la moitié des créatures vivant sur Terre sont des mâles. Nous avons déjà reconnu dans cet ouvrage l’existence et le pouvoir d’êtres planétaires super-conscients de genre masculin (Mercure, Mars, Jupiter, etc.) Tous les sabbats majeurs de la religion wiccane sont solaires par nature, marquant des événements significatifs dans le cours saisonnier de la relation entre la Terre et le soleil masculin. Le Dieu Cornu est véritablement central à toute compréhension complète et à toute pratique de la religion wiccane – alors pourquoi cette hésitation, cette difficulté à Le connaître, à penser adéquatement à et à décrire la nature de Son existence, et plus important encore, à construire des relations individuelles d’intimité égales à celles que les Wiccans expérimentent habituellement et extatiquement avec la Déesse ? La réponse à ces questions a au moins trois facettes distinctes.

 

Une partie du problème, comme certains Wiccans l’ont honnêtement évalué, et comme nos critiques le font habituellement remarquer, se situe dans l’inconfort qu’éprouvent de nombreux Wiccans par rapport à tout ce qui est masculin, un résultat très probable de l’attrait disproportionné de la Wicca pour ces mêmes personnes – femmes, enfants, gays et lesbiennes, pacifistes, poètes, gauchistes, féministes des deux sexes, etc. – qui ont, historiquement été fort souvent privées de leurs droits et pris pour victimes par les derniers millénaires de pouvoir occidental, par les religions du Moyen Orient et les structures politiques qu’elles ont inspirées. Cela ne devrait pas nous surprendre de découvrir que ceux qui choisissent la Wicca en tant que doux antidote à la brutalité et à la soif de pouvoir des religions et des gouvernements patriarcaux, aient du mal à définir les concepts masculins de la divinité avec leurs propres termes. Bien qu’il ne soit pas théologiquement correct, dans la plupart des traditions wiccanes, de le faire, c’est certainement bien plus facile pour beaucoup de se réjouir dans leur relation personnelle aimante avec la Déesse, et d’éviter simplement la question de la divinité mâle.

 

Le second facteur contribuant est culturel (par opposition à la réponse personnelle aux influences culturelles, décrite ci-dessus) La culture européenne a été dominée par le christianisme, et ses concepts rigides de divinité mâle, pendant plus de mille ans. L’Amérique a été fondée par les éléments chrétiens les plus puritains et étroits d’esprit d’Europe, et n’a jamais vraiment échappé à ces entraves spirituelles. Puisque la Wicca a vu le jour en Angleterre dans les années 50, et a depuis trouvé la majorité de ses pratiquants sur les continents européen et américain, ce n’est pas le fruit du hasard si la majorité des pratiquants contemporains de la religion wiccane a été élevée dans des familles chrétiennes, ou a été exposée aux concepts chrétiens de divinité par d’autres influences culturelles comme les livres, la musique, la télé, les films, les écoles, etc.

 

Au cours du dernier millénaire, en Europe puis en Amérique, le concept chrétien d’un dieu triple uniquement mâle a tellement dominé la pensée théologique que même ceux qui n’ont pas été élevés dans une famille ou une église chrétienne ont généralement de grandes difficultés à concevoir une divinité masculine qui ne soit pas de forme chrétienne – et plus particulièrement sous une forme aussi totalement étrangère au concept du Moyen Orient d’un dieu courroucé qui punit que l’est le Dieu Cornu de la Wicca, joueur, aimant, fortement sexuel.

 

Un des résultats de ce fait, est que sur les cinquante premières années de l’évolution de la Wicca comme religion publique moderne, il y a une redirection presque forcée de l’attention vers l’étude de la Déesse exclusivement, et loin de toute tentative de sonder de manière égale le Dieu Cornu. Dans nos efforts pour définir, pour nous-mêmes et pour le public, notre religion, nous avons eu la liberté de définir notre Déesse dans les termes que nous souhaitions, de rechercher Sa mythologie, d’écrire Ses rituels, d’explorer Sa réalité et d’expérimenter Sa présence directe sans argument significatif contre cela, et sans que la culture occidentale majoritaire ne nous contredise, car la culture occidentale majoritaire n’a, tout simplement, aucun concept de divinité féminine pour concurrencer le nôtre. Ce fait a donné à la Grande Déesse de la Wicca l’occasion d’offrir Sa révélation pure aux Wiccans modernes. Les chrétiens ont attaqué et persécuté les individus et les groupes wiccans, bien sûr, mais dans notre conversation interne théalogique concernant la Nature de la Grande Déesse, le Christianisme n’a rien à offrir, et n’a que peu ou pas d’influence sur la forme de notre compréhension de Sa Nature.

 

Les efforts wiccans pour définir notre Dieu, par contre, ont rencontré une résistance culturelle massive. Les Chrétiens se sont depuis longtemps crus en droit d’identifier notre Dieu Cornu à leur propre dieu du mal, Satan – une fausse identification qu’ils ont utilisée avec beaucoup d’efficacité pour amener les ignorants à nous mépriser et à nous craindre injustement, et à résister activement à tous nos efforts informatifs. Même ceux qui ne sont pas affectés par une telle propagande, et qui traitent notre religion et les individus qui la pratiquent avec sympathie et respect, ont souvent bien du mal à comprendre que notre Dieu n’est pas "Dieu", ni le Jéhovah ou Yahvé judéo-chrétien, ni Jésus, ni même le Allah islamique, qui sont les seules personnifications de divinités masculines auxquelles ils aient été confrontés.

 

Un outil est utile pour nous aider à comprendre ce dilemme, c’est la croyance hindoue qu’il y a de nombreuses voies vers l’illumination, certaines directes, et d’autres destinées à atteindre le même but par des chemins plus tortueux. Une des routes tortueuses vers l’illumination, bien que menant vers elle aussi sûrement que les autres, est la voie de "Neti, Neti" ou, littéralement "Pas ça, pas ça" Par cette route, l’illumination est atteinte par l’élimination systématique de ce qui n’est pas l’illumination. "Est-ce que c’est ça ?" se demande le pratiquant. "Non, pas ça, pas ça, …" Par ce processus d’élimination, on croit que, finalement, seule l’illumination restera et qu’ainsi, elle sera atteinte.

 

Le fait que la culture occidentale majoritaire manque d’un vrai concept de la Déesse nous a donné la liberté d’explorer et de définir Sa Nature comme nous l’avons souhaité, sans interférence significative ni "bruit de fond" culturel pour obscurcir Sa révélation émergente. Pour le Dieu Cornu, ce n’est pas le cas. Notre lutte pour définir et incorporer la divinité mâle à la Wicca a été depuis le début, et continue à être chargée de ce processus tortueux de "Neti, Neti." Au lieu d’être libres de définir notre Dieu tel qu’Il est, pour nous défendre et défendre nos croyances contre les attaques chrétiennes (et islamiques, et dans une moindre mesure, juives), nous sommes le plus souvent obligés d’insister simplement sur ce qu’Il n’est pas – le Dieu wiccan n’est pas Jéhovah, Il n’est pas Satan, Il n’est pas Rambo, ni le cowboy de Marlboro, ni aucun des milliers de stéréotypes occidentaux machos à deux dimensions. Il ne déteste pas et n’opprime pas les femmes, il ne demande pas qu’elles lui appartiennent ou qu’elles se soumettent à Son pouvoir. Il n’est pas cruel, ni mauvais, ni un pervers mangeur de bébés. Il n’est pas ça, pas ça

 

Le troisième facteur contribuant au manque de connaissance et de compréhension du Dieu Cornu parmi les Wiccans vient de faits concrets de Sa propre Nature. Le Dieu est, par nature, difficile à connaître parce qu’ici, sur la Terre, la vision que nous avons de Lui est nécessairement obscurcie par la réalité de notre existence en tant que cellules dans le corps d’un être planétaire super-conscient femelle. Si la Terre était mâle, notre situation serait inversée – nous pourrions faire l’expérience du Dieu directement, mais nous aurions du mal à concevoir la Déesse. Il ne devient possible de comprendre pourquoi c’est ainsi que lorsque nous envisageons la religion wiccane d’un point de vue cosmique, et la Terre comme un être individuel unique dans le cosmos physique, avec Sa propre voie d’évolution spirituelle à accomplir, différente de la nôtre.

 

La psychologie jungienne enseigne que chaque être humain, qu’il soit mâle ou femelle, naît avec dans sa psyché tous les archétypes pertinents pour les deux genres, et que par les influences biologiques et culturelles, les archétypes féminins deviennent pleinement développés chez les femmes, et les archétypes masculins se développent chez les hommes. Chez les deux sexes, les archétypes du sexe opposé restent largement sous-développés ou pas développés du tout. Ils ne disparaissent pas et ne cessent pas d’exister, mais restent plutôt enfouis dans l’inconscient, existant dans un état à deux dimensions, hors du temps, permanent, s’organisant en une « personnalité » interne de sexe opposé nommée chez les hommes anima, et chez les femmes animus. La voie jungienne vers le développement humain équilibré et sain, ou "individuation", consiste au moins en partie au développement conscient des archétypes de sexe opposé, pour les hommes en "prenant conscience de leur côté féminin", et inversement.

 

Selon l’injonction hermétique "Ce qui est en Haut est comme ce qui est en Bas", nous devons donc considérer que si ce scénario est vrai pour les être humains, il est probable qu’il reproduise un schéma universel dans la Nature, et qu’il soit également vrai pour la Terre, et pour tous les êtres y vivant et formant le corps de la Grande Déesse Cosmique de la Wicca. La Déesse est immédiate et partout pour nous, alors que le Dieu est vague et distant et difficile à comprendre ou à connaître de manière pratique, car la Terre femelle où nous vivons contient dans Sa psyché planétaire super-consciente des archétypes féminins pleinement développés, alors que Ses archétypes masculins sont dormants, non développés et dangereusement bidimensionnels dans Son inconscient.

 

La grande majorité des concepts de divinité mâle que l’on trouve dans les religions humaines –non seulement dans celles du Moyen Orient, mais aussi dans les religions païennes, par exemple les panthéons gréco-romain et nordique, etc. – sont bien moins des reflets du Grand Dieu de la Wicca dans Sa plénitude que des expressions de l’animus de la Terre, le "côté masculin" sous-développé de cette petite planète située "… sur le bord insignifiant d’une galaxie mineure qui n’est nulle part près du centre de quoi que ce soit." Pour aggraver les choses, il semblerait que la Terre ait été, pendant quelques milliers d’années, possédée par l’animus.

 

D’après les analystes jungiens, lorsqu’une femme ne parvient pas à développer ses qualités masculines enfouies, sa personnalité risque de se retrouver périodiquement "possédée" par le "garçon tyran" immature qui réside, invisible, dans sa psyché, de sorte qu’elle paraît butée, pinailleuse ou dominatrice envers autrui, bien qu’elle ne s’en rende que rarement compte.

 

En prenant le point de vue cosmique de la Terre comme être vivant travaillant à Sa propre évolution spirituelle vers l’union avec la Grande Déesse de la Wicca, nous gagnons en perspicacité en considérant la brève (en termes géologiques) période patriarcale des religions et culture humaines, exprimée par la diffusion rapide et étendue des religions butées, pinailleuses et dominatrices du Moyen Orient, et les systèmes sociaux qui se sont basés sur ces principes, comme une possible (et probable) crise, chez la Terre, de possession par l’animus – tout comme la "renaissance de la Déesse" du 20e siècle, par la diffusion de la Wicca et des autres religions féminines et leurs expressions culturelles, peuvent être considérées comme le fruit de Ses efforts contemporains pour retrouver l’équilibre. Dans cette optique, au point que nos concepts humains de divinité mâle soient affectés par la brève crise de possession par l’animus de la Terre, il est facile de voir que, malgré la douloureuse oppression et la persécution des femmes, le dénigrement du Féminin Divin perpétré par les religions dominées par des divinités mâles depuis trois millénaires, nous avons en réalité fait l’expérience d’un simple "phénomène local", un déséquilibre temporaire dans la psyché de la Terre, qui ne nous dit presque rien sur le Grand Dieu Cosmique de la Wicca. Les dieux asexués, violents, misogynes, critique ne reflètent aucunement Sa vraie Nature – ils sont probablement, en fait, un reflet du déséquilibre du développement et de la relation de la Terre avec Son propre côté masculin.

 

C’est une distinction importante à faire, et mieux vaut le répéter pour s’assurer de sa clarté : les dieux des religions patriarcales – Jéhovah, Yahvé, Allah, Jésus, etc. – ne nous révèlent RIEN sur la vraie nature de la divinité mâle cosmique. Ils sont des incarnations des archétypes masculins non développés résidant dans la psyché inconsciente de la Terre, et en tant que tels, le maintien de leurs cultes, et donc de leurs égrégores, dans leur forme actuelle, représente un obstacle majeur, non seulement à l’évolution spirituelle de la Terre, mais à celle de l’espèce humaine entière, et de chaque individu.

 

Pour toutes ces raisons, personnelle et planétaire, il est tout simplement, en réalité, beaucoup plus difficile pour les êtres humains d’avoir une vision non déformée de la divinité masculine à cette période précise de l’histoire que d’interagir avec la Grande Déesse à travers Son reflet précis dans la psyché féminine développée de la terre, et les formes divines féminines qui communiquent ce reflet à l’humanité.

 

L’une des forces réellement uniques de la Wicca, dans ce sens, même par rapport aux autres religions païennes, est précisément l’hésitation, décrite au début de cette section, à définir le Dieu en termes humains, Terrestres, à affirmer une connaissance concrète de Sa Nature que personne n’a ou ne peut espérer avoir dans les conditions présentes. Que ce soit le résultat d’une sagesse théalogique de notre part, ou d’une chance aveugle et sourde, ou d’un manque de courage pour répondre à des questions dérangeantes, notre processus de "Neti, Neti" en ce qui concerne le Dieu nous a favorablement servi.

 

Cela révèle que même les images du Dieu que nous chérissons (Pan, Cernunnos, Thor, Amen-Ra, etc.) pourraient bien être affectées, hélas, par la condition de déséquilibre psychique de la Terre, et par les effets que cette condition a pu avoir sur les cultures ancestrales qui nous ont transmis ces formes divines masculines. Cela nous révèle que, bien que les formes divines masculines païennes que nous avons héritées de nos ancêtres contiennent certainement des indices pour Le connaître – particulièrement celles qui remontent à des périodes antérieures à la possession par l’animus de la Terre – la vérité pure de la Nature du Dieu Cornu reste, pour le moment, au-delà de notre conception terrienne, ne résidant en totalité que dans Ses manifestations plus développées dans le cosmos au-delà de la planète Terre.

 

Et enfin, cela nous révèle qu’ici sur Terre, la divinité mâle est, somme toute, un travail en cours, dont l’achèvement ne sera pas atteint en décidant simplement quelle image du Dieu choisir, ou quelle croyance, mais plutôt par le vrai travail qui est à faire par chaque être humain, mâle ou femelle, dans leur rôle de cellule dans le corps de la Terre, pour aider au développement des archétypes masculins enfouis dans Sa psyché planétaire. Lorsque nous faisons le travail psychologique et magique indispensable pour rejeter les stéréotypes masculins immatures et négatifs en nous, et pour amener tous les archétypes de nos psychés personnelles à leur plein développement, à leur pleine sagesse et à leur pleine puissance, nous contribuons de façon significative à l’accomplissement de cette même tâche par la Terre, et, par Son rééquilibrage et Son évolution spirituelle, à la transformation du monde.



Traduction personnelle du chapitre 6 de Wicca 404 : Advanced Goddess Thealogy, par Esra Free

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Tom 24/12/2008 00:43

Salut Kat!

Très intéressant chapitre, décidément! Il y a quelques éléments tout aussi intéressants à lire sur la LWE, je ne sais pas si tu es allée voir?

Je te remercie de ta carte de Yule, ca m'a fait très plaisir!

Je te souhaite un très bon, Yule, avec un peu de retard, mais tout autant d'affection!

Tom