Mythique Avalon

Publié le par Kat-NightWind

L’Ile d’Avalon, connue pour être la dernière demeure d’Arthur dans de nombreuses histoires et légendes, n’a pas de localisation précise, ni de description établie à travers la littérature arthurienne. Pline l'Ancien, dans son Histoire Naturelle, évoquait déjà Avallus, une mystérieuse île, d'où provenait l'ambre, un produit réputé d'origine surnaturelle.

 

L'ouvrage Historia Regum Britanniae de Geoffrey de Monmouth (vers 1136) est l’ouvrage le plus ancien qui contienne des références à Avalon. Il l’appelle Insula Avallonis, mentionne les pouvoirs de guérison de l’île, et affirme que l’épée d’Arthur y fut forgée.
Monmouth mentionne également Avalon dans son ouvrage Vita Merlini, où il la nomme "l’Ile des Pommes" (Insula Pomorum), un surnom ancré dans les traditions mythologiques celtes, grecques et scandinaves, où les pommes possèdent fréquemment des propriétés magiques. Taliesin y évoque pour Merlin cette Ile des Pommes, le pays de l'éternelle jeunesse et de l'éternelle santé, où l'on ignore la mort et où les fruits sont toujours mûrs. Morgane, aux multiples pouvoirs, y règne avec ses huit sœurs. 

 

Morgane la Fée est, de loin, la plus fréquemment identifiée comme étant la dirigeante de l’île. En plus d’apparaître dans la Vita Merlini de Monmouth (mais pas dans Historia Regum Britanniae , étrangement), elle apparaît dans les romances de Chrétien de Troyes Eric et Enide, et Yvain. Dans les deux, elle est une guérisseuse et la Dame d’Avalon, bien que dans Eric et Enide, le dirigeant réel soit Guinguemar, dont Morgane est l’amante. Dans ce récit, Morgane dit que sa terre est le Val Périlleux (Le Val sans Retour), un endroit qui peut être une référence à Avalon. William de Malmesbury, cependant, affirme que c’est Avalloch qui gouverne Avalon avec ses filles, et Morgane n’est pas mentionnée du tout. Bien que le gouvernement de l’Ile ne soit pas vraiment mis en évidence dans les textes plus récents, Morgane est souvent liée à l’endroit d’une manière ou d’une autre, la plupart du temps en étant l’une de celles qui amène Arthur à Avalon après la bataille de Camlann.

 

L’Ile d’Avalon est, en fait, fréquemment présentée (dans les textes médiévaux et modernes) comme un lieu de guérison, plus particulièrement l’endroit où Arthur est emmené après sa blessure mortelle. Initialement, le rôle d’Avalon semble être la préservation : bien que sa blessure soit mortelle, il vivra tant qu’il restera sur l’Ile. Dans certains cas, son séjour à Avalon doit être permanent, alors que dans d’autres, il ne doit y rester que le temps que ses blessures guérissent. Dans Vita Merlini, par exemple, Morgane dit à Arthur, à son arrivée, qu’il devra rester longtemps pour que ses blessures guérissent correctement. Dans les œuvres arthuriennes plus tardives, les auteurs disent simplement qu’Avalon est sa demeure permanente, peut-être le lieu de sa mort et de sa sépulture.

 

Malgré les efforts de certains auteurs pour empêcher Avalon de devenir mythique, la tradition de l’Ile comme dernière demeure d’Arthur et comme lieu mystérieux et "hors du temps" s’étend à la renaissance arthurienne du 19e siècle, où de nombreuses références à Avalon continuent d’être faites.

De nombreux poèmes sur Avalon sont écrits à cette époque, certains évoquant l’île comme un lieu idyllique, un lieu de guérison d’une beauté éternelle. Le poète américain Madison Julius Cawein, par exemple, écrit une série de poèmes (Unanointed 1901, Uncalled 1902 et Avalon 1909) où l’île est décrite en ces termes. Dans Uncalled, le poète imagine qu’il voit la beauté d’Avalon mais il sait qu’il ne peut l’atteindre dans cette vie.

D’autres poèmes du 19e siècle mentionnent Avalon comme la dernière demeure d’Arthur. Near Avalon de William Morris et Arthur in Avalon de J. Arthur Blaikie en sont des exemples. Le poème imagé de Morris décrit la barge qui emmène Arthur. Le poème de Blaikie s’inspire du tableau  de James T. Archer, La Mort d'Arthur; il dépeint Arthur mourant et les quatre reines qui le veillent et l’emportent sur la barge.

 

L’intérêt porté à Avalon se poursuit au 20e siècle et en ce début de 21e siècle. L’idée populaire au 19e siècle s’est poursuivie dans les traditions littéraires plus récentes, même si (comme c’est le cas de presque tous les aspects de la légende d’Arthur) les auteurs continuent à réinterpréter et à réinventer les modes de représentation. Des auteurs comme Margaret Atwood (Avalon Revisited 1955) et Salman Rushdie (Crusoe 1990) ont évoqué le paysage idyllique d’Avalon; de nombreux chanteurs/compositeurs comme Cindy Lauper (Sisters of Avalon 1997) et Van Morrison (Avalon of the Heart 1990) proposent des interprétations modernes de la légende d’Avalon.

 

De toutes les réinterprétations et évocations d’Avalon, peu ont eu autant d’influence à la fin du 20e siècle que l’oeuvre de Marion Zimmer Bradley, Les Brumes d’Avalon. Bradley joue avec la tradition qui suppose que Glastonbury est Avalon, décrivant une division mystique entre le monde chrétien et le monde païen, où Avalon existe dans le même espace physique que l’Abbaye chrétienne, bien qu’aucun des deux mondes ne soit conscient de l’autre. Dans cette oeuvre, l’Ile est habitée de façon permanente par une compagnie de prêtresses et de novices qui souhaitent préserver les traditions païennes de la Grande Bretagne. La présence physique de l’Abbaye de Glastonbury sur le même espace qu’Avalon indique l’influence croissante du christianisme et le déclin de la religion païenne. Au fur et à mesure de la progression de l’intrigue, et comme le christianisme prend de plus en plus de pouvoir, la brume magique autour de l’île s’épaissit, ce qui rend de plus en plus difficile l’accès à Avalon pour les non initiés.

 

Avalon a connu un développement riche et multiple à travers les siècles. La symbolique Avalon est encore aujourd’hui un lieu éphémère et mythique qui continue à inspirer les cinéastes et romanciers. De nombreux groupes païens et wiccans y trouvent un cheminement spirituel symbolisé par la Quête du Graal et le Code de la Chevalerie. Avalon a été adoptée et adaptée par de nombreuses communautés néo-païennes, dont certaines ont été plus ou moins influencées par l’œuvre de Bradley. La tradition Avalonnienne est ainsi devenue une branche à part entière du néo-paganisme. 

Publié dans Autour d'Avalon

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