Dédication ou Initiation : le débat

Publié le par Kat-NightWind

Dans les livres et les groupes païens, on parle beaucoup d’initiation, d’auto-initiation, et de dédication : ce qui est bien, ce qui est mal, ce qui est mieux, etc. Les définitions ont été discutées sans fin et sous toutes les facettes, et franchement, je ne vois pas où est le débat.
Commençons par quelques définitions. Une initiation est une cérémonie ou un rite qui amène formellement une personne dans un groupe. Elle marque votre ‘naissance’ dans le groupe en tant que membre à part entière. Les groupes pratiquent donc l’initiation, on ne peut pas se proclamer membre tout seul, il faut prêter serment et passer des épreuves avant de pouvoir être initié. Je ne crois pas, dans ce sens, que l’auto-initiation ait un sens. Ce que j’ai pu voir décrit dans les livres et par d’autres païens comme ‘auto-initiation’ devrait en fait être nommé ‘dédication’. On se dédie à l’étude et à la pratique, on se dédie peut-être à certaines divinités. Mais on n’entre pas dans un groupe. Jusque là tout semble clair et évident. Cependant des problèmes existent, sur plusieurs points. 

Certaines personnes insistent sur le fait qu’une ‘auto-initiation’ est aussi ‘valable’ qu’une initiation en coven. D’une certaine manière, c’est vrai. Par contre, ils confèrent au mot ‘valable’ le sens de ‘ayant la même valeur que’, ce qui n’est pas toujours le cas. N’importe qui peut faire sa dédication à n’importe quel moment de son apprentissage, que ce soit le lendemain de l'achat d'un livre que la Wicca, ou 5 ans plus tard. Un initié de coven, par contre, doit étudier avec le groupe et passer des épreuves avant de pouvoir prétendre à l’initiation.
Ces deux types d’initiation, par conséquent, sont différents, mais l’un n’est pas meilleur que l’autre. Si vous étudiez dans un groupe, vous serez probablement initié à un moment donné. Selon le type de Wicca que vous avez choisi, il vous sera peut-être nécessaire d’être initié pour pouvoir continuer à travailler avec le groupe. Si vous êtes solitaire, alors vous n’avez pas besoin d’une initiation car il n’y a pas de groupe. La dédication est la seule chose nécessaire à un solitaire qui souhaite marquer une transition formelle dans sa pratique. Voilà la différence basique entre les deux cérémonies.

Il y a d’autres différences, plus subtiles, bien qu’elles ne soient pas forcément vraies pour toutes les initiations ni toutes les dédications. Les cérémonies d’initiation sont généralement structurées autour du Mystère wiccan de la mort et de la renaissance. Une dédication ne l'est pas forcément, car il est bien plus difficile de représenter une mort et une renaissance symboliques lorsqu’on est seul. 
D'autre part, l'initiation vous engage par rapport au groupe et vous lie aux énergies de ce groupe (l’égrégore du groupe). On le voit par exemple dans la wicca traditionnelle, avec la pratique de la mesure (l'initié est mesuré, cette mesure pouvant être utilisée contre lui en cas de problème). Les dédications n’ont pas besoin de cela.

L'initiation entraîne un changement dans la façon dont vous percevez le monde et votre place dans le monde. En prenant votre place dans le groupe, en prenant de nouvelles responsabilités, vous commencez à comprendre les Mystères que vous avez vus et vous parvenez à une nouvelle compréhension de la Wicca. Les covens peuvent aussi rendre accessibles aux initiés certaines informations tenues secrètes jusque là, et qui vont changer leur compréhension des pratiques du groupe. 
Les dédications peuvent aussi générer ce changement de perspective. Je connais quelques personnes sur la toile qui parlent d’être ‘initiés aux Mystères’ par les Dieux, et je pense que c’est un bon exemple de changement de perspective sans initiation formelle. De telles dédications ne sont pas rares, mais je ne pense pas qu’elles soient communes non plus. On ne peut pas attendre que les Dieux nous amènent les Mystères; généralement, on tombe dessus, en quelque sorte, à un moment de notre cheminement.

Je me rends compte que quelques-uns d’entre vous doivent se gratter la tête en ce moment, surtout si vous êtes nouveau pratiquant et que vous n’avez jamais travaillé (ou parlé avec quelqu’un qui a travaillé) avec un groupe. Je me souviens, lorsque j’ai entamé mon cheminement, avoir lu de nombreux livres dont les auteurs parlaient de ‘Mystères’ sans même essayer d’expliquer ce que ça signifiait, et j’étais bien ennuyée de ne pas comprendre.
Les Mystères sont des choses que l’on vit mais que l’on ne peut pas vraiment expliquer à quelqu’un d’autre. L’accouchement, par exemple, est un Mystère : on ne peut pas réellement comprendre ce qu’est mettre au monde un enfant tant qu’on ne l’a pas vécu soi-même. L’après-vie est aussi un Mystère : on ne peut pas savoir ce qui va se passer, bien qu’on tente de l’expliquer en se basant sur la foi et sur les petites ‘preuves’ qu’on peut en avoir. L’un des Mystères wiccans se trouve dans la Charge de la Déesse de Doreen Valiente. En paraphrasant librement, il est dit que si l’on ne trouve pas ce qu’on cherche à l’intérieur de nous, on ne le trouvera pas à l’extérieur. Je vous laisse le soin de l’interpréter, après tout, puisque c’est un Mystère. Ce dont je me suis rendu compte à partir de cette affirmation n’est sans doute pas ce que vous en déduirez.

Ce dont il faut se souvenir, c’est que la méthode par laquelle on fait l’expérience des Mystères n’est pas la chose la plus importante, c'est l’expérience elle-même qui l’est. Que cette expérience vienne par une initiation en coven ou alors que vous êtes assis dans votre jardin, elle fait partie intégrante de ce qui fait qu’un wiccan est un wiccan. Sachant cela, se quereller sur la définition la plus “valable” semble un peu ridicule, non ?

Publié dans Au delà des Bases

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