La Déesse Sombre

Publié le par NightWind

La Déesse Sombre, que l’on trouve dans toutes les cultures, est un aspect de la Déesse primordiale d’où tout émerge et où tout retourne. La plupart des Déesses des diverses cultures possèdent des aspects Sombres, bien que l’emphase ne soit pas nécessairement mise dessus. Toutefois il existe des Déesses qui n'ont que ce rôle spécifique.

 

Les aspects sombres interviennent à toutes les phases de nos vies. Depuis le moment où nous naissons, il y a des Déesses Sombres associées aux transitions et transformations que nous traversons. L’étape de transition qui suit la naissance est la puberté, avec les changements physiques qu’elle apporte. Pour les femmes, c’est le début de la menstruation. Le sang menstruel a porté des tabous dans la plupart des cultures du monde et de l’histoire. Pour le patriarcat, les menstrues représentait un pouvoir féminin qu’ils ne pouvaient partager, aussi ce pouvoir devait-il être contrôlé ou soumis. Les menstrues symbolisaient la sexualité féminine, et montrait que le pouvoir créateur de vie résidait dans la femme, malgré le nombre de mythes de création montrant des Dieux mâles que les hommes ont inventés !

Une autre transition porteuse de défis est la vieillesse, avec la peur de la mortalité, la peur d’affronter l’ombre, la crainte de ce qui est au-delà : l’inconnu et l’inconnaissable. La Déesse de la mort représente l’achèvement des phases précédentes de la vie : elle n’est plus fertile, son pouvoir créatif n’est plus celui de la vie, mais celui de la sagesse et de la mort. Les images associées aux Déesses de la mort ont toujours effrayé les hommes, et nos réactions face à la vieillesse et à la mort façonnent nos sociétés. De nos jours, la sagesse de la vieillesse est ignorée à cause de cette peur de la mort, et la société cache ses personnes âgées au lieu de voir en eux les gardiens de la connaissance qui vient avec la sagesse de l’expérience.

Le sexe et la mort, les principes Eros et Thanatos de la psychologie, sont probablement les deux plus grandes forces qui influent sur la manière dont nous appréhendons l’existence. Car le sexe est l’acte créatif qui donne la vie, et la mort est l’inévitable fin qui nous attend. Or, le sewe et la mort sont les domaines de la Déesse Sombre.

 

Le chaudron est l'un des symboles les plus courants de la Déesse Sombre, et il représente le ventre d’où vient et où retourne toute vie. La Déesse Sombre reprend l’énergie et la matière pour les dissoudre et re-créer d’autres formes. Elle représente les facettes sombres de la féminité, l’opposé de l’instinct maternel et nourricier. Rien d’étonnant au fait que l’aspect sombre de la Déesse soit le plus craint et le moins bien compris. Elle représente le plus effrayant des aspects de l’humanité : la destruction et la mort, les craintes à affronter et les mystères à apprendre.

Mais on ne peut nier sa présence, et bien que l’on tente de la repousser tout au fond de notre esprit, la Déesse Sombre s’impose dans nos cauchemars et nos craintes. Les représentations visuelles de la Déesse Sombre sont souvent effrayantes, et à cause de cette apparence, les païens la voient comme mauvaise et destructrice. Pourtant il faut comprendre que les sociétés patriarcales monothéistes ont dépeint la Déesse Sombre de manière négative car pour elles, la Femme de Pouvoir était vue comme une menace.

 

Masculin et Féminin : cerveau droit et cerveau gauche.

 

Les énergies masculine et féminine sont toutes deux extrêmement puissantes, mais qualitativement différentes. A travers les mythologies, l’énergie masculine est une force de stratégie et de but, représentée par le héros qui planifie ses actes et progresse de façon logique vers son objectif. L’énergie féminine, elle, est intensément émotionnelle et chaotique. La Déesse Sombre est instinctive dans ses actes, mais grâce à l’instinct et l’émotion, elle est capable de nous guider à travers les Mystères. Le royaume de la mort, de la magie et de l’inconnu est plus facilement connu lorsqu’on ne pense pas rationnellement et qu’on laisse plutôt venir la révélation sans pensée consciente.

 

Dans la psychologie de l’humanité, il s’est produit une polarisation entre les Dieux mâles venus d’en haut, porteurs de lumière, et les divinités féminines qui résidaient dans les ténèbres de la Terre et les grottes. La lumière devint synonyme de Bien et les ténèbres de Mal. Tandis que la Déesse subissait la déformation de l’image de mère nourricière en un symbole associé aux forces des ténèbres et du Mal, les femmes, ses manifestations terrestres, furent pareillement considérées comme impures, mauvaises et coupables du péché originel. Le déclin de la Déesse et le développement des Dieux peut aussi être éclairé par les changements du cerveau humain pendant la période de transition.

 

Le professeur Julian Jaynes, de l’Université de Princeton, dans une étude controversée de la conscience humaine, a suggéré que les peuples anciens étaient dirigés par le côté droit du cerveau jusqu’à ce qu’une série de désastres naturels et que la complexité grandissante de leurs sociétés ne les forcent à se laisser diriger par le côté gauche (vers 1500 avant l’ère chrétienne).

La cosmologie qui s’était développée pendant le règne de la Déesse provenait de processus de pensée issus du cerveau droit. Le cerveau droit a une polarité féminine, il est lié au mouvement circulaire, à l’intuition et à l’audition. Il est relationnel et unificateur, se focalise sur la façon dont les choses sont similaires et interconnectées, et voit le temps comme cyclique.

Jaynes s'intéressa ensuite aux cataclysmes qui débutèrent au milieu du second millénaire avant l’ère chrétienne :  éruptions volcaniques, tsunamis et inondations massives. Jaynes a proposé l'idée que l’humanité développa l’esprit rationnel, logique, analytique, dépendant du cerveau gauche, pour venir à bout de la complexité croissante d’un monde en pleine évolution, et il a prouvé que les fonctions du cerveau gauche devinrent plus actives à cette époque-là et finirent par influencer la façon dont les individus percevaient la réalité.

Le cerveau gauche a une polarité masculine, il est lié au mouvement linéaire, à la logique et à la vue. Il est prédominant dans le monde moderne analytique, technologique et scientifique. Alors que le cerveau droit se focalise sur les similarités, le cerveau gauche, lui, insiste sur les différences et développe notre capacité d’analyse et de distinction entre sujet et objet. Ce type de vision dualiste voit une séparation entre soi et autrui, entre nous et eux, et cette perception mène inévitablement à une guerre des contraires qui s’exprime en une opposition oppresseur/victime.

 

Même si la religion de la Déesse incluait un concept d’Autre Monde, il n’était que le laps de temps entre les vies, le ventre sombre de la Déesse, où l’on allait pour être purifié, soigné et préparé pour sa renaissance. Ce sont les religions monothéistes patriarcales, opérant sous l’impulsion du cerveau gauche, qui ont conçu le paradis et l’enfer, et les associations correspondantes de Bien et de Mal, de récompense et de punition. L’humanité commença alors à craindre les ténèbres de la mort. Cette terreur s’étendit à la Déesse Sombre, qui devint alors uniquement celle qui donne la mort, la Faucheuse. L’aspect sombre de la Déesse fut alors détesté, persécuté, supprimé et rejeté, à l’aube de l’histoire, dans les profondeurs de l’inconscient.

 

La nature inhérente de la Déesse Sombre originelle, qui donnait à la fois la mort et la renaissance, a été réprimée et reniée pendant des milliers d’années. On la rendit alors maléfique, et ses enseignements concernant les ténèbres, le sexe et la mort furent déformés.

 

Se réconcilier avec la Déesse Sombre

 

La psychologie Jungienne nous dit que pour guérir les blessures et les souffrances causées par le rejet de certaines parcelles de notre être, nous devons d’abord entrer dans notre inconscient et développer une relation avec notre part d’ombre. Il est nécessaire de reconnaître que toutes les parties de nous-mêmes, même celles qui sont détestées et ostracisées, ont un besoin légitime d’exister et de s’exprimer. Ainsi devons-nous nous réconcilier avec la Déesse Sombre, qui a été bannie jusqu’aux tréfonds reculés de notre psyché. Sa fonction ultime est de faciliter la transformation, et la connaissance de la Déesse Sombre, et de la façon dont elle œuvre, est essentielle pour ceux qui cherchent une meilleure compréhension des Mystères.

 

La fin (fin d’une relation, fin d’un emploi, fin d’une vie, fin d’un cycle) fait surgir nos pires peurs et nous fait prendre conscience de l’incertitude du futur. Cela nous rappelle que les choses ne durent pas éternellement, et que nous devons accepter le changement. Ce ne sont pas des concepts confortables : nos corps et nos esprits sont mal à l’aise devant la séparation, le changement et le voyage dans l’inconnu. En particulier, lorsque nous entendons le mot “mort”, notre réaction première est de craindre la mort, de préserver la vie à tout prix, quitte à la prolonger artificiellement...

 

La Déesse Sombre aide à comprendre les processus de la mort et à surmonter le chagrin dû à la perte d’un être cher. Lorsque nous approchons de la vieillesse, la Déesse Sombre est là pour nous réconforter et nous guider vers une meilleure acceptation de cette étape de la vie. Voilà son présent : elle nous apprend la sagesse de l’abandon, et nous force à dire adieu à de vieilles structures afin que la nouveauté puisse émerger. Le Don du changement trempe notre force et notre courage, et par-dessus tout, nous fait grandir et évoluer. C’est pour toutes ces raisons que la Déesse Sombre ne doit pas être crainte ou reniée. Il faut lui faire face et la reconnaître comme l’une des forces d’équilibre de la nature, et un moyen d’équilibrer notre nature spirituelle.

 

Je ne suis en aucun cas de ceux qui choisissent délibérément de souffrir pour atteindre l’élévation spirituelle, mais je ne suis sans doute pas la seule à avoir perçu que les moments difficiles et douloureux de l’existence peuvent nous aider à atteindre une compréhension spirituelle que nous n’aurions pas atteinte sans cela. De tels moments peuvent être considérés comme des périodes d’initiation par la Déesse Sombre, qui brise afin de créer. On ressort souvent plus fort et plus sage de ces périodes d’épreuves, qui se produisent généralement dans nos vies lors de cycles astrologiques particuliers, souvent vers l’âge de 28-29 ans, ou de 39-42 ans, bien que les thèmes astraux individuels puissent révéler d’autres périodes importantes, fréquemment indiquées par la position de Pluton, dont l’influence, malgré le nom du Dieu romain de l’autre monde, est clairement liée à la Déesse Sombre elle-même.

 

Conclusion

 

Un Wiccan ne peut se proclamer tel si l’existence des aspects sombres des Dieux ne lui est pas connue, acceptée et comprise en tant que partie intégrante de la foi, voire même comme fondation de la foi. Sans les Ténèbres, il n’y a pas de Roue, pas de naissance, de vie et de renaissance. Il n’y a rien d’autre que ce que l’on appelle communément le syndrome "Fluffy Bunny".

Nous avons besoin de ces aspects sombres car nous visons à l’équilibre en toutes choses, c’est une des pierres de fondation de la croyance wiccane. Il faut comprendre et accepter que les Ténèbres sont l’équilibre de la vie et qu’il n’y a rien à en craindre. Quand l’individu comprend vraiment cet équilibre et l’accepte comme partie intégrante de tout, y compris lui-même, il en ressort une paix et une plénitude incomparables. Sans cette compréhension, sans cet équilibre, il n’y a rien.

 

inspiré de dark goddess , traduit, adapté et complété par mes soins

Publié dans Au delà des Bases

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