De Samhain à Halloween (2)

Publié le par NightWind

D'où vient le "trick or treat", cette tradition où les enfants vont faire du porte à porte pour récupérer des bonbons ?

 

En fait c'est une habitude assez récente, mais qui mélange plusieurs traditions un peu plus anciennes :

 

- au Moyen-Age, dans les Iles Britanniques, les parades costumées sont une habitude le jour de May Day, de Halloween et de Yule (avec des thèmes différents, bien sûr, mi-païens, mi-chrétiens). Les gens qui défilent sont des adultes, jeunes ou moins jeunes, et ils vont de maison en maison, proposant leurs chants et leurs danses contre de la bière et des choses à grignoter. Pour les habitants médiévaux, le fait de se montrer avare porte malheur, puisque cela viole les lois ancestrales de l'hospitalité (et comme à Halloween, les ancêtres et le petit peuple rôdent, mieux vaut ne pas les offenser... )

 

- au milieu du 19e siècle, aux Etats-Unis, les enfants des immigrants irlandais (enfin les garçons, car les filles restent à la maison...) vont quémander "des pommes et des noix" dans leur voisinage le jour de Halloween.

 

- A la même époque, les "raggamuffins" (des jeunes déguisés) vont de maison en maison en demandant quelques pièces, le jour de Thanksgiving (dernier jeudi de Novembre), et jouent des tours (en déposant des choses malodorantes sur le pas de leur porte, notamment, oeuf pourris ou autres gentillesses...) à ceux qui ne leur donnent rien. Dans les années 1930, après le crack de Wall Street, les choses deviennent moins bon-enfant, car l'extrême pauvreté pousse de nombreux ragamuffins au vandalisme. L'expression "trick or treat" (un tour ou une aumône) sera d'ailleurs officialisée en 1939 à la rubrique faits divers d'un journal.

 

Voilà qui règle la question des bonbons.
Mais pourquoi les costumes d'Halloween sont-ils, traditionnellement, effrayants ?

 

De nombreux détracteurs de la fête d'Halloween disent : "Si cette fête n'est pas malsaine, pourquoi les symboles et costumes qui y sont associés (fantômes, squelettes, chats noirs, horribles sorcières, démons, monstres, etc) représentent le mal ?".

 

Réglons tout de suite le problème du "mal", puisqu'il s'agit d'un concept culturel : ce qui est "mal" pour une culture ne l'est pas forcément pour une autre !

 

Les fantômes et les squelettes sont bien évidemment liés à Samhain, où les portes entre le monde des vivants et celui des morts étaient grandes ouvertes, et où les disparus venaient rendre visite à leurs familles. Les gens accueillaient leurs ancêtres et les conviaient aux célébrations. Rien de mauvais là-dedans, sauf, évidemment, pour ceux qui avaient causé du tort à un défunt... Ceux-là avaient de bonnes raisons de craindre la visite des esprits !

 

Sans raison apparente (peut-être à cause de leurs yeux luisants, allez savoir) les chrétiens du Moyen-Age craignaient les chats (et plus encore les chats noirs). C'est assez ironique de penser qu'ils ont massacré des quantités de chats, se privant ainsi de défense contre les rats et les souris qui véhiculaient la peste... Mais bien sûr, ils accusèrent le diable d'être responsable de la Peste Noire, pas leur propre bêtise !

 

A partir de la fin du Moyen-Age, l'Église et les élites sociales vont créer le mythe de la sorcière démoniaque. La chasse aux sorcières du 16e siècle, à l'origine (avant que l'hystérie collective ne prenne la relève) est davantage une manoeuvre politique que religieuse : pour l’élite, la perpétuation des traditions païennes maintenaient les masses populaires dans l'immobilisme moyenâgeux qu'ils tentaient de combattre.
Dans les Iles Britanniques, Halloween (héritière de Samhain et donc nettement païenne) devient donc une cible de choix.  L'Eglise commence donc à faire courir le bruit que ce sont les portes de l'enfer qui sont ouvertes cette nuit-là, et que les esprits et les fées qui viennent rendre visite aux vivants ne sont en fait que des démons !

 

A partir de là, Halloween devient associé au "Mal" et à ce qui fait peur, et au fur et à mesure, d'autres images viennent gonfler les rangs des costumes : le vampire, la momie, le loup-garou, et, bien entendu, toutes les personnages hollywoodiens des films d'horreur.

 

Un peu de psychologie

 

Contrairement à de nombreux peuples anciens (et aux spiritualités qui croient en la réincarnation) qui avaient  (ont)avec la mort une relation somme toute harmonieuse, la plupart des sociétés occidentales répugnent à en parler. Certains, qui ne croient pas à l'après-vie, n'envisagent la mort que comme une fin et la craignent précisément pour cette raison. D'autres, qui croient au Paradis et à l'Enfer, la craignent car ils vont devoir affronter le jugement divin. La plupart des psychiatres et psychologues s'accordent sur le fait que Halloween, avec sa célébration de la mort, nous permet, en dédramatisant la mort, permet de lever un peu le tabou culturel qui l'entoure, et de discuter de ses croyances sur la question.

 

Et que font les Néo-païens à Halloween ?

 

La question est souvent posée à mi-voix, un peu craintivement...
Eh bien soyez rassurés ! On ne boit pas de sang, on ne sacrifie pas les bébés, on n'égorge pas les animaux... Rien de tout ça.

 

En fait, ceux qui ont des enfants les accompagnent dans leur chasse aux bonbons, ceux qui n'en ont pas distribuent des bonbons emballés industriellement aux petits monstres qui viennent sonner à la porte (nombre d'entre nous préféreraient distribuer des confiseries faites maison, mais la paranoia ambiante interdit cette éventualité). Nous décorons nos maisons et nos autels d'éléments naturels (feuilles mortes, châtaignes, pommes, cucurbitacées en tous genres). Nous faisons parfois de la divination, honorons nos disparus et méditons sur notre propre mortalité. Nous disons au revoir à l'année écoulée et accueillons la nouvelle. Et surtout, nous laissons notre enfant intérieur s'amuser, en partageant avec nos amis la joie et les rires.

 

 

Publié dans Mes Pensées Païennes

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