Le libre arbitre

Publié le par NightWind

Dire que l’homme est libre est très relatif. Libre, certes, mais par rapport à quoi ?
Par rapport à la société, à son passé, à son milieu, à son corps ? Il est alors libre par rapport à une contrainte, ce qui est une manière assez négative de penser la liberté.
D'un point de vue plus positif, en quoi consiste la liberté ? Est-ce que la conscience en elle-même est libre ? Si tel était le cas, il faudrait comprendre comment l'individualité trouve sa place dans un univers très largement déterminé. En effet, les nuages ne se déplacent pas librement dans le ciel, ils vont et viennent au gré des courants. Les animaux non plus ne se comportent pas librement dans la Nature, ils en suivent les lois, ce que leur commandent leurs instincts.
La notion de libre arbitre désigne le pouvoir de choisir de façon absolue, c’est à dire d’être à l’origine de ses actes. Autrement dit un être libre est censé pouvoir choisir sans être poussé d’un coté ou de l’autre par quelque influence ou cause que ce soit. Le libre arbitre suppose non seulement qu'il a un contrôle sur ses actions mais aussi sur les pensées et les émotions à partir desquelles il va décider d’agir.

Du point de vue de ma propre conscience, je sais que personne ne peut décider à ma place et que la moindre action m’engage : le libre arbitre est la condition de la responsabilité. Mais ai-je vraiment un contrôle sur mes pensées et mes émotions ? Mes supposées décisions ne sont-elles pas en réalité des réactions mécaniques qui répondent à des facteurs intérieurs (émotions, préjugés…) et extérieurs (les circonstances) que je ne contrôle pas ? Certes, je suis à l’origine de mes choix, mais ai-je choisi ce que je suis ? Il faudrait pour cela que j’aie conscience d’avoir délibérément choisi ma naissance.
Du point de vue d'un observateur objectif, chacun de mes actes s’explique par des causes extérieures et est donc déterminé à l'avance. Le déterminisme soutient que tous les événements de la Nature sont soumis à une nécessité rigoureuse et invariable, de telle sorte que si nous connaissions les lois dont la Nature est faite, nous pourrions prévoir exactement de ce qu’il adviendra dans le futur.
Si la Nature est déterminée, cela signifie que les événements répondent à une causalité, et par conséquent l’idée de libre arbitre semble contradictoire avec celle de loi naturelle : le libre arbitre suppose en effet un pouvoir de commencement absolu, de telle manière que l’acte libre ne soit déterminé par rien d’autre que par sa propre puissance. Or à ce titre, la liberté paraît une sorte d’offense au règne de la Nature, une exception à une règle qui s’applique à tout le reste de la création.

Pour que nos actes soient libres, il est important que l’action soit spontanée, mais aussi qu’elle soit délibérée. Il ne s’agit pas seulement de dire que nous avons la possibilité d'agir, mais surtout de se demander si l’esprit est libre de le faire. Or c’est bien cette liberté que nous perdons quand nous sommes submergés par les émotions, quand nous suivons une suggestion inconsciente sans nous en rendre compte, quand la passion nous pousse là où elle veut nous mener. Le joueur invétéré ne choisit pas d’aller à la table de jeu, il y est conduit malgré lui et ses réactions sont réglées par avance.
Pour que je puisse juger sainement, il faut que mon intelligence garde son indépendance, observe en retrait et ne soit pas asservie au domaine des sens. Selon le volontarisme, le pouvoir de la volonté est le plus grand pouvoir dont l’homme dispose, celui qui le rend capable de tout. Au plus haut degré se trouve la liberté rationnelle qui consiste, pour la volonté, à suivre les motifs que l’intelligence lui propose, de sorte qu’un choix s’impose comme meilleur que l’autre. La volonté suit ce que l’entendement lui propose, elle est éclairée par l’intelligence.

Cependant, parce que la liberté de la volonté suppose un pouvoir original indépendant, il est tout à fait concevable que nous puissions aussi choisir délibérément le pire tout en connaissant le meilleur. Si tel est le cas, nous disposons alors d’un libre-arbitre absolu. Le libre-arbitre absolu est donc la capacité de se décider en dépit de toutes les déterminations, que celles-ci soient des mobiles sensibles ou des motifs intellectuels. Une fois admise l'hypothèse d'un libre-arbitre absolu, on dira que la liberté est capable du meilleur comme du pire. 
Cela soulève aussi le problème de l'acte gratuit, celui qui est accompli sans raison, par seul effet de la liberté. Quand je prends une décision «comme ça», parce que je suis libre de faire ce que je veux, alors que mon intelligence me dit que ce choix n'est pas le meilleur, alors cette décision est certes une preuve de mon libre-arbitre, mais c'est aussi une décision absurde. Mais même dans l'absurde, suis-je vraiment libre dans un caprice ? Même quand j'agis «comme ça», il y a encore une motivation liée au risque, au jeu, à l’essai. Et de toutes façons, être libre, ce n’est pas faire n’importe quoi. C'est aussi se réaliser soi-même, accomplir ce que nous considérons comme le plus précieux. 

Vivre dans la liberté c’est s’affranchir des conditionnements qui pèsent sur nous. Cela veut dire que la libération suppose que l'on puisse se défaire des dépendances que nous avons nous-mêmes construites.
- Nous vivons dans un réseau d’échange qui fait que nous sommes tous en tant qu’individus liés à d’autres, d’où une dépendance économique et sociale.
- Ce que nous sommes, nous le devons largement à la société qui nous a formé, d’où une dépendance culturelle.
- Nous avons besoin des autres et nous sommes dépendants d’eux pour donner un sens à notre existence, c’est la dépendance affective.
- Nous sommes assez paresseux pour ne pas nous donner la peine de réfléchir au sens de notre existence, ou pour obéir à une autorité qui nous fournit des réponses, d’où la dépendance intellectuelle ou religieuse.

Publié dans Eso et Philo

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