Chartres

Publié le par NightWind

Chartres se situe dans une région dont les origines remontent à la préhistoire, comme le montrent de nombreux monuments mégalithiques et objets du néolithique. Avant l’ère chrétienne, on  connaissait surtout Chartres pour la résistance offerte par les Carnutes à la conquête romaine. L’Eure-et-Loir correspond en effet à la partie centrale du territoire des Carnutes.

 

Evangélisée au milieu du IIIème siècle, à la chute de l’Empire Romain, Chartres-Autricum était l’un des évêchés les plus vastes des Gaules. Cette évangélisation précoce permit l’érection d’une première cathédrale dès la fin du IVème siècle. Très tôt, elle fut placée sous le vocable de la Vierge et, en dépit de plusieurs destructions, toujours reconstruite. Une circonstance particulière augmenta la notoriété de la cathédrale, lorsqu’en 876, le roi Charles le Chauve remit une relique exceptionnelle, connue comme  «chemise » ou «tunique » de la Vierge. Donnée par l'empereur de Constantinople à Charlemagne, elle avait d'abord été conservée à Aix-la-Chapelle  avant d'être transportée à Chartres. Elle devint alors l’ornement principal de la cathédrale, et cette relique attira à Chartres des foules considérables, imitées bientôt par les puissants et les lettrés attirés par l’enseignement qu’y répandait au XIème siècle, l’évêque Fulbert. C’était aussi un lieu de passage et de halte sur le Chemin de Compostelle.
L'incendie catastrophique survenu en 1020, au lieu de décourager Fulbert, lui fit concevoir le projet d'une nouvelle cathédrale aussitôt entreprise. La cathédrale de Fulbert fut à nouveau ravagée par le feu, en 1134 et en 1194. Ce dernier incendie ne laissa intacte que la façade actuelle, qui servit de base à la reconstruction de la cathédrale.

 

Deux sièges successifs furent subis par la ville. Le premier, en 1568, ne permit pas aux huguenots du Prince de Condé de s'emparer de la cité. En 1591, un nouveau blocus, cette fois par Henri de Navarre, prétendant légitime au trône de France, fut couronné de succès. Le nouveau roi choisit de se faire couronner dans la cathédrale de Chartres le 27 février 1594, après avoir abjuré le protestantisme. Notre-Dame de Chartres retrouva une fois encore ses pèlerinages et la faveur des foules, situation qui se poursuivit tout au long du 17ème siècle. Au siècle suivant, une lente désaffection commença à se manifester, pour culminer à l’époque révolutionnaire. Il fallut attendre la fin du 19ème siècle pour que renaisse, suite aux apparitions de la Vierge qui se multiplièrent alors en France, un sentiment de dévotion mariale.
L’orientation de la cathédrale de Chartres est selon un axe Sud-ouest Nord-Est. Il est à noter que c’est l’orientation de la plupart des églises où l’on trouve des Vierges Noires. La cathédrale est donc orientée non pas vers l’est, mais dans l’axe du solstice d’été, le 21 juin, lorsque le soleil se lève à l’apogée d’un cycle annuel.
Il est intéressant de remarquer que le nord de la France présente un ensemble de cathédrales des 12èmes et 13èmes siècles, toutes dédiées à Notre-Dame, dont la disposition rappelle celle des étoiles de la Constellation de la Vierge, telle qu’elle devait être au moment de la naissance de Jésus.

 

Au Moyen Âge, les gens ne savaient pas lire, mais ils savaient décrypter le symbolisme universel. Tout ce qui est montré à Chartres n’est pas un hasard, car dans cette Cathédrale, chaque partie renvoie au tout et le tout à chaque partie, à l’image de la vie. Peut-être est-ce pour cela que les évêques n’ont jamais été enterrés dans la Cathédrale.
C’est un Locus Fortis, un lieu fort. Rien de magique, mais un phénomène connu des scientifiques : l’effet de pointe. Lorsque dans la plaine ressort un éperon rocheux, la foudre a tendance à prendre cette pointe comme paratonnerre. La fréquence plus importante des éclairs sur ce promontoire fait que les habitants croient que Dieu s’y manifeste plus souvent et donc le préfère. Ils y font des offrandes, puis y construisent des autels et enfin des temples. Le Tertre Sacré est un lieu sacré, les morts n’y sont pas enterrés.

 

C’est également un lieu de pèlerinages depuis la nuit des temps, puisque la légende locale mentionne le culte de la Virgo Pariturae des Druides et de la Vierge Noire. Coïncidence des mots ou volonté suprême, la déesse terre qui enfante la vie a pour nom Ana, et le nom de la mère de Marie est Anna.
Notre-Dame de Chartres est un lieu de régénération spirituelle, certes, mais également physiologique par les effets géobiologiques, telluriques et cosmiques de cette structure construite entre Ciel et Terre, sur la Wouivre des Celtes. Une légende locale, non contrôlée à ce jour, dit que 14 rivières taillées de main d’homme convergent sous l’autel primitif.

Les représentations de la Vierge
Derrière le nom de Notre-Dame de Chartres il y a trois représentations principales : 
Le vitrail de Notre Dame de la Belle Verrière.

 

Notre Dame du Pilier, taillée dans du bois de poirier devenu noir avec le temps et l’oxydation, ce qui lui vaut le nom usurpé de Vierge Noire. Celle que l’on peut voir dans la chapelle est une copie puisque l’originale fut brûlée à la Révolution.

 

Notre Dame de Sous Terre, qui est visible dans la crypte. Là aussi il s’agit d’une copie de celle brisée en 1793. C‘est la seule authentique Vierge Noire de la Cathédrale, c’est la Virgo Pariturae, la Vierge qui doit enfanter. C’est la grand-mère de toute vie, celle que les druides appelaient Danaan, archétype de la féminité féconde et sage.

 

C’est elle qui doit donner la Vie en faisant mourir la graine en son sein afin qu’elle repousse. C’est probablement pour cela que les anciens, essentiellement agriculteurs, pratiquaient son culte. Ils l’avaient placée en une grotte profonde, rappel de sa nature de déesse de la terre, la grotte étant depuis l’aube des temps un lieu initiatique, puisqu’il symbolise le ventre de la mère.

 

La Crypte

 

Il y a en réalité deux cryptes concentriques sous la cathédrale. Le culte de la Vierge, selon la tradition, remonterait à un autel dans une grotte, surmonté d'une statue assise tenant un enfant sur ses genoux : la Virgo Pariturae. Cette statue aurait été honorée en cet endroit par les Druides, habitants du  pays des Carnutes. Sur cette grotte les premiers chrétiens auraient édifié une modeste église. Ce qui est sûr, c'est qu’entre le 4ème et le 11ème siècle, furent construits là plusieurs sanctuaires successivement dévastés par les  flammes. Par contre la crypte de l'église carolingienne édifiée par Gislebertus au 9ème siècle existe toujours. C'est la première crypte, qui porte le nom de caveau Saint Lubin et se situe sous le choeur de la cathédrale actuelle, juste sous le maître autel.

 

La deuxième, appelée crypte Saint Fulbert, qui enveloppe ce caveau, part d'un clocher et fait le tour de l'édifice. Datant du 11ème siècle,  avec ses 230 mètres de long sur 5 à 6 mètres de large, c’est la plus grande crypte de France. En partant de l'extrémité de la galerie nord, on arrive à la chapelle de Notre-Dame Sous-Terre, vraisemblablement le plus ancien sanctuaire marial du monde, où l’on peut contempler une reproduction récente de la Vierge Noire. C'est là qu'une partie du "Voile de la Vierge" est conservée dans un reliquaire. La galerie devient semi-circulaire sous le chevet et s'ouvre sur trois chapelles romanes profondes, encadrées par quatre petites chapelles gothiques du 13ème siècle.

 

C'est là aussi que se trouve le puits des Saints Forts (33m de profondeur), érigé sur une base gallo-romaine carrée, dont l'eau passait pour posséder des vertus miraculeuses.

 

Le Labyrinthe

Les labyrinthes existent dans le monde entier depuis des millénaires. Les plus anciens datent de 15.000 ans. On en trouve en Amérique, en Suède, en Grande-Bretagne, en Italie, en Inde, en Egypte et naturellement en France. Fait de cavernes et de carrières, ces lieux souterrains étaient des lieux initiatiques. Le plus célèbre, celui de Cnossos, en Crête, formait une spirale se rétrécissant vers le centre en montant, pour déboucher à l'air libre.
A ce stade il est amusant d'observer que le "Jeu de l'Oie" n'est pas un jeu anodin, mais un pèlerinage sur un labyrinthe pour enfants, dans lequel la symbolique est la même. Avec ses embûches, ses pénalités et ses retours en arrière, c'est une façon d'apprendre aux jeunes, et parfois aux moins jeunes, les règles du "jeu" de la "Vie".

 

Il y a de nombreux labyrinthes en France, mais celui de Chartres est le plus grand. Il déploie un chemin de 261,55 m. C'est un des rares au monde qui soit d'origine (environ 1200). Il y avait en son centre une plaque de métal qui décrivait le combat de Thésée et du Minotaure, référence au mythe de Cnossos.
Le labyrinthe de la cathédrale de Chartres intrigue les visiteurs actuels qui se demandent ce qu'il peut bien signifier, et à quoi il pouvait servir. Il est connu par le grand public pour les "forces" en son centre. Mais la richesse du labyrinthe est de toute autre nature.

 

Il est situé à la 3ème des 7 travées de la nef, 7, somme des nombres 4 et 3, symboles de la matière et de l'esprit. Il est donc situé à l'intersection de la Terre et du Ciel. Le temps nécessaire pour le parcourir à genoux est équivalent à une «lieue » à pieds (4 km), d'où son autre nom : «la lieue». Lieu de pèlerinage, on l'appelait aussi au Moyen-Âge le  «chemin de Jérusalem», substitut pour ceux qui ne partaient pas en croisades. Appelé également «chemin de vie», c'est le fil d'Ariane du chrétien.

 

Nous pouvons imaginer le pèlerin, ayant prié dans la Crypte pour se purifier et rendre hommage à Notre Dame, se déchausser pour ne pas souiller ce saint lieu avec les poussières du monde profane et tomber à genoux devant l'entrée du labyrinthe face à l'autel. Celui qui s'engage sur le chemin sent son rythme intérieur se modifier au fil des 32 étapes du voyage initiatique virtuel. Il s'isole et se concentre sur lui-même, cherchant en lui les traces de la manifestation divine. Nouveau Thésée, il va combattre symboliquement le Minotaure incontrôlable, celui des aspects négatifs de sa personnalité, aspects qu'il se sera lui-même confessés.

 

Nous pouvons imaginer son lent cheminement le long du parcours initiatique, chantant les psaumes de David. Ses multiples allers retours lui font comprendre la nécessité du retour sur soi, mais également la nécessité à considérer une situation selon plusieurs points de vues.
Arrivé dans la dernière ligne droite, il se prépare à rencontrer celui qu'il sait être présent, "celui qui est et a toujours été", au centre. L'homme qui arrive à ce centre est alors un homme nouveau qui a vécu une seconde naissance. Là, il est obligé de se relever, comme aspiré vers le haut, seule voie de sortie du labyrinthe.


La dernière station à genoux, le dernier pas, celui qui le place au centre du labyrinthe, celui qui l'oblige à se relever, était fort justement appelée le "Saut de la Joie". Il arrive au bout de son voyage en parfaite communion avec Dieu, il est face à Dieu. C'est cela le "Saut de la Joie", car l'allégresse est extraordinaire pour celui qui vit ce cheminement. Il vient d'aboutir dans sa démarche spirituelle et a soudain changé de niveau de compréhension, au sens étymologique, et en un instant, en une illumination, il a sauté au niveau supérieur.

Sources principale photos et informations : http://cathedrale.chartres.free.fr/index.htm

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