L'Ile de Pâques
Ces monuments, connus sous le nom de "moai", sont parmi les reliques les plus incroyables jamais découvertes. Le peuple de l’Ile de Pâques la nomma Te Pito o Te Henua, le Nombril du Monde. D’où venaient-ils et pourquoi disparurent-ils ? La science a appris beaucoup sur l’énigme de l’Ile de Pâques mais les questions et les controverses demeurent.
L’Ile de Pâques - Rapa Nui est un petit bout de terre de forme triangulaire dans le Pacifique Sud à 27 degrés au sud de l’équateur et à quelques 3600 km du Chili. Les Polynésiens l’appelaient Rapa Nui, ‘Grande Rapa,’ à cause de sa ressemblance avec une autre île nommée Rapa Iti, ‘Petite Rapa’. Elle reçut son nom actuel lorsque le capitaine hollandais Jacob Roggeveen a découvrit un dimanche de Pâques, le 5 avril 1722. Il y découvrit trois groupes distincts : à peau sombre, à peau rouge et à peau pâle avec des cheveux roux. Tous avaient de longues oreilles, ils déformaient leurs lobes pour y insérer de lourds ornements.

Longues-oreilles
Formée par une série d’éruptions volcaniques massives, l’île ne fut peuplée que d’oiseaux et de libellules pendant des millions d’années. Ses pentes abruptes, cependant, s’élevèrent comme un phare pour un groupe fatigué de navigateurs polynésiens. Depuis combien de temps durait leur voyage et pourquoi avaient-ils quitté leur terre natale sont des questions auxquelles nous ne pourrons sans doute jamais répondre, mais l’on peut imaginer leur joie à la vue de ces côtes après ce qui avait dû être des mois de navigation.

Rano Kau

plage d'Ovahe
Cette plage est proche de Anakena, où, selon les légendes, le Roi Hoto Matua accosta avec son canoë à double coque. Des fouilles dans cette zone ont révélé qu’il s’agissait d’un site important et il comprend une des plus belles collections de moais, Ahu Naunau. Les colons se mirent à construire des villages et des maisons de forme elliptique. On suppose que ce type de construction débuta lorsque les nouveaux arrivants retournèrent leurs bateaux pour s’en faire des abris.

Des clans distincts se formèrent tandis que la population augmentait, et plusieurs villages se créèrent. Une chose les unissait cependant : la construction des statues et le culte qui se forma autour. Les moai et les ahus existaient déjà vers l’an 500, la majorité fut sculptée et érigée entre 1000 et 1650, et ils étaient toujours debout lorsque Jacob Roggeveen visita l’île en 1722.

Chaque moai est né dans la caldera du Rano Raraku.
La production des statues était fort probablement accompagnée de nombreux rituels et cérémonies. Si un défaut apparaissait dans la roche, la statue était abandonnée et ils en commençaient une autre ailleurs. Ils se servaient des fissures de la roche volcanique mais aussi des variations de couleur, en véritables artistes.
Lorsque enfin une statue était terminée, on la faisait glisser le long de la pente en utilisant des cordes attachées à des troncs de palmier plantés dans le sol. A la base du cratère, on élevait la statue et les décorations finales étaient gravées sur son torse et son dos. Des yeux de corail et d’obsidienne étaient placés pour finaliser le travail.

La plupart, cependant, ne sont pas des constructions très élégantes. Un site mystérieux, cependant, diffère grandement.

La photo de détail montre la précision incroyable de l’assemblage. C’est cette précision qui donna à Thor Heyerdahl l’idée que les Pascuans étaient venus d’Amérique du Sud. Il a depuis été prouvé, notamment par l’ADN, que ce n’est pas le cas.
Plus d’un millier de moai fut sculpté et la population continuait à s’accroître. Pendant des décennies, la compétition pour construire les plus gros et les plus beaux moai se poursuivit, et les divers ahus formaient une ligne presque continue le long de la côte. La culture avait atteint son zénith. Et quelque chose tourna très mal...
Une histoire terrifiante de destruction des ressources naturelles commence à apparaître. Les premiers occidentaux qui découvrirent l’île se demandèrent comment les pascuans avaient pu survivre sur une île sans arbres. Ce fut un mystère jusqu’à ce que des prélèvements récents ne révèlent que l’île était largement recouverte de palmiers géants, espèce aujourd’hui éteinte, lorsque la culture de l’Ile de Pâques était active.
La déforestation se poursuivit, suivant la compétition pour la construction des moai jusqu’à devenir une obsession. La carrière produisait des moai d’une taille telle qu’ils n’auraient probablement pas pu être transportés (un moai inachevé mesure 21m !) Et les arbres étaient abattus. Avec la déforestation, la terre s’éroda. La petite couche d’humus fut emportée dans la mer. Les cultures commencèrent à faillir et les clans se tournèrent les uns contre les autres, se battant pour les ressources devenues rares. Les symboles de pouvoir qu’étaient les moai furent renversés.

Tangata Manu
Haut sur la crête du cratère de Rano Kau se trouvait le village cérémonial de Orongo. Construit pour vénérer le dieu de la fertilité Makemake, dont le Tangata Manu était le représentant, Orongo devint le site d’une compétition terrible.
Chaque année, le gouvernement de l’île était déterminé par l’individu qui pouvait dévaler les pentes verticales, traverser à la nage les eaux infestées de requins jusqu’à l’un des trois îlots, et ramener intact l’oeuf d’une sterne noire. Celui qui y parvenait devenait Homme Oiseau de l’année et on lui accordait nombre de privilèges.

îlot de Moto Nui
La culture de Rapa Nui aurait pu se reconstruire autour du culte de l’Homme Oiseau, mais en 1862, des vagues de marchands d’esclaves emportèrent tous les individus sains. Puis les missionnaires arrivèrent. La société pascuane était en ruines et ils n’eurent aucun mal à convertir la population au christianisme.
Par leur action, ils détruisirent toute trace de ce qu’avait été la culture locale : vêtements obligatoires, tatouage et peinture corporelle bannis, destruction des objets d’art, des bâtiments et des objets sacrés, y compris la plupart des tablettes Rongo-rongo – la clé de l’histoire de Rapa Nui.


La personne qui abattit le dernier arbre pouvait voir que c’était le dernier, mais il ou elle l’abattit quand même. Maintenant que nous avons des satellites, il est évident que la déforestation massive est un problème sérieux, mais nos civilisations continuent, indifférentes. Elles semblent vouloir abattre les derniers arbres à coups de bulldozer pour bâtir les moai de notre temps : la technologie et le développement. Aurons-nous plus de sens commun que le pascuan qui abattit le dernier arbre ?

le Nombril de Tongariki
