Les Cathares
La doctrine
Dieu, le principe du Bien, a créé l’âme, les cieux, les esprits. Le principe du Mal règne sur la terre, la matière, le corps, bref le monde visible. Le monde humain, donc, n’est pas de Dieu. Il ne s’en préoccupe pas et n’y détient aucun pouvoir La religion cathare ne nie pas l’existence du Christ mais selon elle, il n’est pas réellement venu sur terre, il n’avait qu’une apparence de corps. Il n’était pas là pour souffrir et mourir sur la croix en vue de racheter le monde mais plutôt pour annoncer la délivrance prochaine, c’est-à-dire la mort du corps et la libération de l’âme qui, ainsi, retourne au Paradis, monde du Bien qu’elle n’aurait jamais dû quitter.
L'esprit était soit transmis par génération depuis le premier homme (traducianisme), soit par transmigration dans un nouveau-né après la mort (métempsycose, origénisme). Les esprits sont de nature divine, c'est-à-dire qu'ils sont créés ou qu'ils émanent de Dieu. Le principe mauvais a attiré les esprits par force (catharisme absolu) ou par tentation (catharisme mitigé) et les a introduits dans des corps charnels fabriqués par Lucifer. Au terme de plusieurs incarnations, un homme peut espérer devenir un "parfait". Son âme échappe alors au Mal et rejoint le royaume divin. Cette croyance en un cycle de réincarnations est de toute évidence un legs des religions orientales comme l’hindouisme.
C’est uniquement par le Saint-Esprit que l'esprit peut être libéré du monde physique, et c’est par le baptême par imposition des mains, reçu par les apôtres et transmis par eux, que l’esprit pourra accéder au salut. Toutefois, à une exception près, le baptême ne pouvait être effectué sur un jeune enfant (moins de 13 ou 14 ans) jugé inapte à discerner l'importance de cet acte. Celui-ci devait être effectivement accompli en connaissance de cause et sur la base de la conviction.
Apparition et diffusion
On parle parfois des Albigeois, du fait des deux centres d'implantation que sont Albi et Toulouse. Le dernier cathare meurt en Italie au XIVe siècle. Le mouvement subsistera en Bosnie, dont c'était la religion officielle, jusqu'à la conquête turque à la fin du XVe siècle. Les raisons expliquant le succès de la doctrine cathare sont multiples mais la première est le fait que les «Parfaits » utilisaient la langue ordinaire pour leurs prédications comme pour lire l’Évangile, plutôt que le latin. Les protestants, au XVIe siècle, auront le même succès pour la même raison.
En Languedoc, un autre phénomène va jouer : l’engouement de la noblesse pour cette nouvelle doctrine. La noblesse d’Occitanie frondait déjà plus ou moins ouvertement contre l’Église de Rome, critiquant et se moquant de leur goût pour l’or et le pouvoir. Les Albigeois, eux, ne demandaient pas la moindre dîme, se désintéressaient du pouvoir politique et laissaient volontiers la noblesse languedocienne se plonger avec bonheur dans la pratique du fine amor.
Pratiques et rites
Du fait de leur doctrine, les cathares n’ont laissé aucun vestige : ni croix, ni église, ni icône, tout ce qui est visible étant, par nature, mauvais. On sait cependant quelle était leur manière de vivre, quels étaient leurs rites, notamment grâce aux procès des inquisiteurs. Les cathares, se considérant comme les seuls vrais disciples des apôtres, adoptent le modèle de vie, les rites et les sacrements, des premières communautés chrétiennes. Ils n'attachent pas d'importance aux églises bâties, qui ne sont pas pour eux les seuls lieux du culte, car la parole du Christ peut être enseignée partout où se réunissent les fidèles. Ils s'appuient principalement sur les enseignements du Nouveau Testament, leur unique prière étant le Notre Père. Ils considèrent que toutes les pratiques et sacrements instaurés par l'Église catholique romaine tout au long du Haut Moyen Âge, n’ont aucune valeur :
- le baptême que les prêtres catholiques confèrent aux nouveau-nés ; - la médiation des saints et le culte des reliques ;
- le sacrement de l'Eucharistie, refusant de croire en la transsubstantiation (transformation du pain et du vin devenant le corps et le sang du Christ) ;
- le mariage, celui-ci légitimant l'union charnelle.
Quand le croyant adhérait à l’église cathare, il recevait le consolament (consolation, en occitan) qui lui permettait de passer de l’état de laïc à celui de Parfait ou de Bon Homme. Ce "baptême d'esprit et du feu" était également une ordination et une absolution des péchés et se faisait par simple imposition des mains -l’eau est matière, donc mauvaise. Dès lors, le Parfait (homme ou femme, le clergé cathare n’excluant pas le sacerdoce féminin) devient un représentant de l’Esprit Saint chargé de donner à son tour le consolament et d’enseigner la doctrine cathare. Tout adepte qui avait reçu le consolament devait ensuite pratiquer l’endura, un jeûne de quarante jours.
Une fois consolé, le Parfait devait s’abstenir de consommer des aliments gras, sauf l’huile et le poisson. Il ne mangeait ou ne buvait donc ni lait, ni fromage, ni aucun laitage, ni œufs, ni viande, puisque viande et œufs étaient les fruits d’un acte de fornication.
Se rapprochant des premiers chrétiens, les cathares croyaient que le salut passait par une vie de religion. Ils étaient astreints à la chasteté, et devaient constamment aller par deux personnes du même sexe : chacun avait son sòci, ou compagnon, ou sa sòcia, pour les femmes. Cela permettait ainsi une surveillance mutuelle dans l’application des règles d’abstinence. Cette proximité de deux personnes de même sexe conduira fréquemment à l'accusation de bougrerie (homosexualité) par l'Inquisition.
Ils devaient ne pas mentir, s'abstenir de tout vice, de toute méchanceté, être simplement de Bons Chrétiens selon les Évangiles. Les parfaits ne devaient évidemment pas tuer, y compris les animaux. Ils devaient également ne pas mentir, ce qui en conduisit plus d'un au bûcher. En effet, les inquisiteurs apprirent à utiliser cette règle, ainsi que l'interdiction de jurer.
Les parfaits devaient prêcher le salut par l'ordination du consolament et la morale évangélique. Cette prédication se faisait dans les maisons ateliers, mais également chez les fidèles ou sur la place publique.
Les Églises cathares
Au XIIIe siècle, en 1226 un nouvel évêché est créé, celui du Razès, la région de Limoux. Ces Églises sont indépendantes. Elles ne reconnaissent pas d'autorité supérieure à celle de leurs évêques. Contrairement aux pays du Nord, les bourgades du sud de la France s’étaient élevées autour du château seigneurial, formant ainsi des villages fortifiés, des castrum, où se mêlaient toutes les couches sociales. C’est donc dans ces castrum que les Albigeois, protégés par les seigneurs du lieu, ont ouvert leurs maisons de prière.
La fin du mouvement cathare
C’est en Languedoc et en Provence, régions les plus cultivées du monde occidental à l’époque, que le nouveau mouvement s’épanouit. Les richesses et la splendeur des royaumes occitans étaient à ce point légendaires que le roi Philippe II de France - Philippe Auguste - prit ombrage de ce voisin. Il ne lui fallait qu’un prétexte pour l’envahir et il lui fut fourni par le pape Innocent III qui, en 1208, prêcha une guerre sainte contre les albigeois et mit sur pied une des croisades les plus sanglantes de l’histoire.
La doctrine cathare représentait un réel danger pour la société féodale, avant même d’être un danger pour l’Église. Le fait que les cathares ne juraient jamais et refusaient ce qui était «du monde», excluait l’hommage-lige ou la parole donnée à un suzerain. Certes, la noblesse appréciait de voir les Parfaits refuser d’intervenir en politique ou d’acquérir du pouvoir, mais comme cette doctrine impliquait également le refus de toute hiérarchie et de toute justice civile, elle ne pouvait qu’inquiéter très fortement la société féodale.
En outre, leur obstination, leur anticléricalisme intransigeant, leur opposition à la hiérarchie catholique, à laquelle ils reprochent sa richesse ostentatoire et ses abus de pouvoir, valent aux cathares de s'attirer les foudres de l'Église romaine. Ils sont condamnés comme hérétiques. L'instrument qui sera souvent utilisé pour la destruction du mouvement est leur refus du mariage, qui permettra de les nommer orgiaques et impies.
La croisade contre les Albigeois
L'Inquisition fut aidée par les principes mêmes du catharisme. Tout d'abord, les Bons Hommes s'interdisaient de mentir, et lorsqu'un inquisiteur interrogeait un parfait, ce dernier ne pouvait que dire la vérité quant aux activités de ses semblables. De plus, un parfait ne pouvait être sacré que par un autre parfait ou une parfaite et les mourants ne pouvaient recevoir l'Absolution (consolament des mourants) que des mains d'un(e) parfait(e). L'Inquisition savait bien qu'en faisant disparaître le clergé cathare, le culte disparaîtrait avec lui.
*°*°* Hauts-Lieux du catharisme *°*°*
La forteresse de Montségur
Selon la déposition d'Imbert de Salat, l'un des survivants de la tragédie, il y aurait eu, effectivement, un trésor qui aurait été enlevé, entre Noël et début janvier, par Pierre Bonnet et Mathéus, pour être déposé dans une grotte du Sabarthès appartenant à Pons-Arnaud de Castelverdun, peut-être dans la grotte fortifiée d'Ornolac. Composé d'or, d'argent et d'une grande quantité de monnaie, ce "trésor de guerre" était destiné à financer l'envoi de renforts, alors que la situation de Montségur devenait critique.
Que pouvait être ce trésor qu'il fallait sauver à tout prix ? Très probablement, s'agissait-il d'un trésor tout à fait différent du premier. On imagine mal,en effet, trois ou quatre parfaits, qui avaient depuis longtemps renoncé aux biens de ce monde, se soustraire au sort de la communauté de leurs frères, pour quelques dizaines, voire quelques centaines de pièces d'or. On ne pouvait avoir tenté une telle entreprise que pour sauver un trésor auquel les Cathares accordaient une valeur inestimable, sacré entre tous. Sa valeur ne pouvait être que d'ordre spirituel, mais en même temps, c'était un vrai trésor, une relique, un objet tangible puisqu'il était caché dans la forêt. Peut-être une somme de parchemins sur lesquels étaient écrits des secrets ? Par exemple, celui de la projection de l'esprit hors du corps, une technique dont les parfaits gardaient jalousement le secret. Ceci n'est, bien sûr, qu'une hypothèse ; des écrivains imaginatifs en proposent d'autres : le quatrième livre de Flavius Josèphe qui aurait contenu la pure doctrine de Jésus, des inédits de Platon, des manuscrits de Mares, etc...
Le château de Peyrepertuse
Le château de Puivert
Le château de Puylaurens
Tandis que l'Europe vivait sous le système féodal, gardant la vaste majorité dans la misère et la famine, les Cathares enseignaient l'abolition des castes et du système de valeurs basé sur l'argent. Les Juifs, considérés à l'époque comme des parias, étaient bienvenus dans l'ordre. Les Cathares croyaient en la réincarnation, l'astrologie et célébrait les équinoxes. Les Parfaits savaient que l'univers est seulement formé d'Amour et de Lumière, et pratiquaient l'art de «Chevaucher la Lumière». Dans la Tradition occulte, cela signifie Etre et Agir en dehors du temps, et donc lire les Archives Akhashiques, voyager interdimensionnellement, et donc vivre dans la confiance et le detachement.
Les Cathares s'inspiraient, dit-on, de la tradition Druidique ainsi que du Manichéisme : le prophète Manès enseignait que la création est soumise aux lois de la dualité. La terre est le champ de bataille des forces de la Lumière et des forces des ténèbres. L'âme est connecte à la Lumière, à l'Esprit, tandis que le corps est l'incarnation du mal. L'illumination serait possible après avoir domine le corps et ses passions.
















